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De l’être
Louis Lavelle
Première partie
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L’unité de l’être
I
De la primauté de l’être
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1
1. · Il ne peut y avoir de passage du néant à l’être, ni par conséquent de naissance de l’être.
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2. · L’être, antérieur à l’intelligibilité et à la nécessité, doit être saisi dans une expérience pure.
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3. · L’être se distingue en droit de l’intelligence et, grâce à cette distinction, le moi devient capable, en pensant l’être, de l’obtenir.
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4. · Nous sommes contenus dans l’être avant de nous donner notre être intérieur par un acte qui est un consentement.
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5. · L’être ne dépend pas du bien puisque le bien est intérieur à l’être : on le découvre en lui en s’unissant à lui.
II
De l’universalité de l’être
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1. · L’être contient tout, le réel et l’apparence, l’intelligible et le sensible, l’acte et la donnée, le vrai et l’illusoire.
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2. · Le possible n’est ni antérieur, ni extérieur à l’être : il en est un aspect.
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3. · Le temps est intérieur à l’être et non pas l’être intérieur au temps.
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4. · Réponse à la première objection : la transformation de l’objet perçu en souvenir exprime à la fois sa limitation et son inscription dans un ordre éternel.
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5. · Réponse à la seconde objection : à défaut du souvenir réel, le souvenir possible suffit pour assurer à l’objet perçu sa place permanente dans la totalité de la durée.
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6. · Réponse à la troisième objection : l’avenir exprime la possibilité pour l’être fini de participer par une opération qui lui est propre à l’acte immuable de la création.
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7. · L’être est moins bien figuré par une perception totale ou par une mémoire parfaite que par une opération universelle.
III
De l’univocité de l’être
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1. · L’universalité de l’être a pour fondement son univocité.
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2. · L’être univoque, c’est l’être concret qui est supposé par l’idée abstraite de l’être, et même par l’idée de relation.
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3. · L’être de chaque chose c’est la totalité de ses caractères, qui ne diffère pas de son inscription dans le tout.
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4. · Il n’y a pas de degrés de l’être : on ne peut pas établir de hiérarchie par rapport à l’être, mais seulement par rapport à un être qualifié.
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5. · Une hiérarchie relative à l’idée de l’être fini en général, et non plus de tel être qualifié, est elle-même intérieure à l’être total, et n’altère pas l’univocité.
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6. · Il y a univocité entre l’être du créateur, de la création et de la créature.
Deuxième partie
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La multiplicité de l’être
IV
De l’extension et de la compréhension de l’être
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1. · L’être n’est ni une classe ni une qualité, puisque la distinction des classes ou des qualités ne peut s’effectuer qu’en lui.
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2. · L’être est un et infini à la fois en extension et en compréhension.
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3. · La séparation des êtres individuels et l’analyse des caractères sont deux opérations solidaires.
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4. · Toutes les qualités peuvent être retrouvées synoptiquement par le même individu dans des objets différents et par des individus différents à l’intérieur de chaque objet.
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5. · Toute connaissance objective, même celle d’un autre être individuel, est abstraite ; elle exprime l’acte par lequel le moi divise le tout pour le reconstruire.
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6. · Chaque concept, retenant ou excluant certains caractères du réel, exprime une démarche particulière de notre esprit, qui en appelle une infinité d’autres.
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7. · Grâce à l’exercice de la pensée conceptuelle, l’univers nous donne le spectacle de nos propres puissances.
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8. · Le concept abstrait n’est que le signe d’une essence concrète dont les individus sont les membres distincts, mais inséparables.
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9. · La continuité de l’être total, en surmontant la multiplicité des individus et des classes, abolit la distinction de l’extension et de la compréhension.
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10. · L’être pur réalise une parfaite intériorité à lui-même qui fonde l’existence concrète de ma conscience et de tous les actes intellectuels qui s’y accomplissent.
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11. · L’opposition de l’extension et de la compréhension apparaît grâce à la rupture d’un acte spirituel unique où tous les actes intellectuels puisent leur origine commune.
V
Du jugement d’existence
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1. · Tous les termes de la pensée sont l’objet d’un jugement d’existence identique dans la forme et qui ne diffère que par son contenu.
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2. · La relation, qui est la condition de tout jugement, ne nous donne l’illusion d’engendrer l’être que parce qu’on l’a inscrite en lui tout d’abord.
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3. · Une relation entre des termes particuliers est le seul moyen dont dispose l’être fini pour penser le tout en se distinguant de lui.
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4. · Le jugement d’inhérence exprime la fonction analytique de toute pensée finie.
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5. · Le jugement d’inhérence est un jugement de relation indéterminée.
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6. · Regarder l’être tour à tour comme l’attribut de tous les sujets et comme le sujet de tous les attributs, c’est rejoindre, grâce à la copule, sa notion abstraite à son essence concrète.
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7. · L’être ne peut pas être identifié avec l’attribut universel parce que, au lieu d’être contenu dans tous les sujets, il les contient tous.
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8. · L’être ne peut pas être identifié avec le sujet universel, précisément parce qu’il est indiscernable de la totalité de ses attributs.
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9. · La copule du jugement d’inhérence n’exprime qu’une limitation du jugement universel « l’être est » par lequel se découvre la puissance absolue de l’affirmation.
VI
De l’être du tout et de l’être des parties
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1. · Chaque partie de l’être est l’être d’un phénomène et n’a de sens que pour une conscience.
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2. · Le tout n’est pas la somme des parties, mais le principe idéologique qui les fonde et qui permet à une analyse toujours inachevée de les engendrer indéfiniment.
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3. · L’existence, étant corrélative de l’indépendance parfaite, ne peut appartenir primitivement qu’au tout, et n’appartient qu’accessoirement aux parties qui trouvent en lui une place et l’imitent encore à leur manière.
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4. · Chaque partie, en acquérant une indépendance apparente, ne peut pourtant pas se séparer d’une conscience qui n’est elle-même qu’un tout en puissance, inscrit dans le tout en acte.
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5. · S’il fallait considérer la partie comme existant en elle-même, on verrait s’évanouir tour à tour la distinction entre la représentation et son objet, puis la distinction entre l’objet particulier et le tout.
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6. · La connaissance poursuit, à travers le jeu infini des relations, la possession du même être qui l’actualise elle-même par sa présence totale en chaque point.
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7. · Le tout pourra être saisi de deux manières, soit par une reconstruction synthétique dans l’espace et dans le temps, qui ne doit jamais s’achever, soit en chaque point par un extrême approfondissement de la conscience de soi.
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8. · L’objet se présente sous la forme d’une donnée pour accuser les limites de l’opération intérieure à l’être par laquelle l’esprit entreprend de s’égaler à celui-ci.
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9. · Les choses particulières sont en un sens telles qu’on les voit, puisque derrière elles il n’y a que le tout dont elles expriment un aspect approprié à notre nature.
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10. · La conscience est médiatrice en chaque point entre l’existence actuelle du tout et l’existence phénoménale de la partie.
Troisième partie
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L’intériorité de l’être
VII
De l’être du moi
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1. · Le moi est à la fois une partie de l’être et le facteur de sa division en parties.
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2. · L’argument « je pense, donc je suis » inscrit la pensée dans l’être, et non pas l’être dans la pensée.
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3. · Le moi lui-même ne peut être posé que par une limitation de la pensée en général.
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4. · Le moi s’inscrit dans l’être par la pensée, mais s’en distingue en n’attribuant à sa pensée que l’universalité en puissance.
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5. · Le noumène kantien assume un rôle qui ne peut appartenir qu’au tout, à l’intérieur duquel le moi réel fonde à chaque instant son existence participée.
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6. · Le moi ne cesse de se chercher lui-même dans une opération par laquelle il constitue et repousse indéfiniment ses propres limites.
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7. · L’expérience de nos limites, c’est-à-dire de notre intériorité à la fois à nous-même et à l’être total, se réalise grâce à la subjectivité de notre être propre.
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8. · Le moi est l’auteur de l’expérience dont il fait partie.
57
9. · Le moi et le monde ne cessent de s’opposer, de s’envelopper et de se dépasser l’un l’autre indéfiniment.
VIII
De l’idée de l’être
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1. · L’idée de l’être, bien que pensée par le moi, est adéquate à l’être.
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2. · Nulle idée particulière, en tant qu’idée, n’a moins d’être que son objet, mais son contenu, étant abstrait, ne coïncide point avec celui de son objet.
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3. · L’idée de l’être est la seule qui soit adéquate parce que l’être auquel elle s’applique est indiscernable de l’être qu’elle reçoit : elle est donc le véritable terme premier.
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4. · C’est à l’intérieur de l’idée de l’être que nous pensons à la fois l’idée du moi et toutes les idées particulières.
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5. · Au moment où il pose l’idée de l’être, le moi reconnaît en lui une puissance d’affirmation illimitée qui dépasse son essence réalisée.
63
6. · L’argument ontologique ne nous permet pas d’aborder dans un monde transcendant à l’idée : il nous oblige à actualiser l’être lui-même dans son idée.
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7. · Le possible ne tend pas vers l’être, mais c’est l’être qui contient le possible, comme il contient aussi la relation.
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8. · L’idée de l’être, qui est l’exigence d’une coïncidence idéale de l’objet et de la connaissance, est nécessaire pour que celle-ci puisse non seulement s’achever, mais même commencer.
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9. · Puisque l’être c’est le tout, et que le tout ne peut être qu’une idée, l’idée de l’être se confond avec l’être même.
IX
De la présence de l’être
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1. · Le moi découvre l’être en découvrant sa propre présence à l’être.
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2. · Notre vie ne sort jamais de l’être, ni par conséquent du présent.
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3. · Le présent ne se confond pas avec l’instant, et comprend en lui le passé et l’avenir sous la forme d’idées présentes, dont les relations entre elles et avec l’instant permettent à notre personnalité de se constituer.
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4. · La présence n’est pas conférée à l’être par le moi, mais au moi par l’être.
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5. · Toute présence particulière est mutuelle, mais elle est fondée sur la présence absolue du tout, c’est-à-dire sur la mutualité de toutes les présences réelles ou possibles.
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6. · L’espace et le temps sont les deux véhicules de l’absence : et l’absence est toujours subjective.
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7. · La présence n’est pas une forme pure que les objets viennent remplir, mais une réalité plénière dont on les détache grâce à l’analyse, c’est-à-dire à la subjectivité de l’absence.
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8. · L’opposition de l’acte et de la donnée permet au temps de naître et au moi de devenir présent à l’être grâce à une participation personnelle.
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9. · Le temps fonde l’immortalité subjective, non point en assurant la survivance du passé comme tel, mais en nous rendant capable de retrouver sa présence par un acte toujours nouveau.
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10. · Le temps est nécessaire à la transformation de notre être possible en un être accompli : mais ceux-ci coïncident dans l’éternité.
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11. · La mort produit l’absence ou la présence éternelle en consommant le choix que nous avons fait pendant cette vie : dans le premier cas elle est figurée par la distraction et l’oubli, dans le second par cet exercice parfait de l’activité spirituelle dans lequel la conscience même est dépassée.
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12. · Il nous appartient de retrouver dans chaque présence particulière la présence du tout dont nous l’avons détachée.