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On pourrait penser qu’il est inutile d’étudier à part les rapports de l’être et du moi, car premièrement, si le moi doit se considérer lui-même comme une partie du tout, ce que nous avons dit dans l’article précédent de l’implication du tout dans chaque partie devrait s’appliquer aussi au moi. Or ne faut-il pas concevoir le moi comme n’étant par rapport au tout qu’une partie, puisque le moi possède des déterminations qui le limitent, puisqu’on ne peut le poser que par son opposition au non-moi, et puisqu’enfin il y a dans le moi une aspiration qui, soit qu’elle puisse être remplie, soit qu’elle ne le puisse pas, suppose un milieu dans lequel elle s’alimente ou qui lui fait obstacle ?

En second lieu, et si on voulait alléguer que le moi possède par rapport à toutes les autres parties de l’univers une originalité indéniable, n’est-il pas vrai que cette originalité a été marquée avec une force suffisante, puisque l’apparition des parties nous a paru corrélative de celle du moi et que, si l’univers s’ouvre devant lui avec une abondance infinie dans laquelle il ne cesse de puiser la matière de sa connaissance, du moins le moi ne peut transformer cet univers en représentation qu’en y distinguant des objets limités comme lui, et qui ne peuvent prendre un sens pour lui qu’en devenant à ses yeux des phénomènes ?

Mais alors précisément nous sommes contraints d’expliquer quelle est l’essence propre de ce moi qui est à la fois une partie du monde et le facteur de sa division en parties, qui est supérieur aux phénomènes, puisqu’il faut qu’il soit posé pour que les phénomènes deviennent possibles et qui, s’il est enveloppé dans la totalité du réel, enveloppe à son tour celle-ci dans l’acte de la connaissance. Bien plus, il semble impossible au sujet, à partir du moment où il a découvert son être propre, de ne pas l’adopter comme un repère par rapport auquel il jugera de l’être en général. Et comme il ne peut faire que sa propre réalité soit rien de plus qu’une forme particulière et limitée de la réalité totale, il commence par s’attribuer à lui-même d’une manière à peine consciente une sorte d’existence affaiblie dont dépend pourtant l’existence du monde : celui-ci, par un véritable renversement, recevant du moi ce qu’il lui a prêté, se trouvera abaissé au-dessous de lui ; il cessera d’être le corps pour devenir l’ombre d’une ombre. C’est à cette conséquence que l’idéalisme a abouti : il y a là une illusion tenace et pour ainsi dire nécessaire qui semble inséparable du témoignage immédiat de la conscience. On ne pourra la dissiper qu’en s’attachant au principe de l’univocité et en soumettant à une analyse critique rigoureuse l’argument cartésien « je pense, donc je suis », ainsi que la conception kantienne du sujet de la connaissance.

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