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L’être est l’objet universel.

Dès lors on peut le nommer le terme premier, puisque tout autre terme le suppose et l’exprime en le limitant.

Mais, en parlant une langue plus précise, on reconnaîtra que les mots premier ou dernier n’ont de sens qu’au regard d’une multiplicité ; et comme il n’est pas possible d’opposer à l’être d’autres termes qui seraient extérieurs à lui, ces mots visent seulement un ordre relatif entre des formes particulières de l’être, dès que le temps a apparu. L’ordre ne peut être établi entre l’être et autre chose, mais seulement à l’intérieur de l’être et entre ses formes, grâce à la démarche d’un sujet fini qui poursuit quelque dessein privilégié, comme de reconstruire le monde dans l’abstrait.

C’est au contraire le caractère exclusif de l’être, si l’on distingue en lui des parties, de requérir aussitôt leur implication réciproque absolue.

Par suite, il faut renoncer à l’ambition de passer un jour du néant à l’être, comme on passe d’un terme à un autre dans une déduction de concepts ou dans un enchaînement de phénomènes. C’est, sans le vouloir, douer le néant lui-même d’une sorte d’être privatif dans une série plus vaste, dont l’être positif serait le second terme. Mais on voit tout de suite que cette série à son tour devrait être placée au dedans de l’être total, c’est-à-dire qu’il faudrait opposer l’être à lui-même pour la former.

Nommer le néant, c’est déjà lui donner l’être.

Mais, puisque les différents aspects de l’être ne peuvent apparaître dans une conscience que sous une forme successive, la réalité actuellement donnée de chacun d’eux semble entraîner l’abolition de tous les autres. Ils entrent tour à tour dans un néant relatif aux yeux d’un sujet qui vit dans le temps, mais qui garde encore le pouvoir de se les représenter après leur disparition en opposant le souvenir à la sensation. De là il n’y a qu’un pas à imaginer un néant absolu dans lequel disparaîtrait l’être tout entier ou qui précéderait sa naissance. Mais il ne peut pas y avoir de naissance de l’être. Cette expression repose sur une assimilation du tout à la partie qui est intolérable. Les choses particulières s’expliquent les unes par les autres. Mais vouloir que l’être tout entier tire son origine du néant constitue une double impossibilité, puisqu’il faut supposer d’abord, pour poser le néant, un sujet qui le pose et qui est une partie de l’être, ensuite une durée idéale qui, même dans son essence la plus dépouillée, est une forme de l’être, et qu’on ne peut se dispenser d’imaginer pour essayer d’y surprendre l’avènement de l’être lui-même.

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