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Jusqu’ici nous avons étudié l’extension du terme être. Nous l’avons comparé à tous les termes qu’il semble laisser en dehors de lui. Nous avons montré que le néant, le subjectif, le passé et l’avenir représentent certaines de ses formes et qu’il est impossible de lui trouver des limites parce qu’il faudrait placer en lui cela même qui le limite. Nous avons maintenant un nouvel effort à faire : nous devons considérer non plus les rapports qui peuvent exister entre l’être et autre chose, mais les rapports entre les formes de l’être elles-mêmes et chercher s’il n’y a pas entre elles des différences de degré. Après avoir mesuré l’étendue de ses applications, il nous faut évaluer la force même avec laquelle il s’affirme de chaque objet. Or, en ce qui concerne la compréhension de l’être, nous allons aboutir à une vue analogue à celle qui concernait l’extension : nous dirons que l’être est univoque comme il est universel et que, si tout est présent en lui, il faut aussi qu’il soit partout présent tout entier.

Et même le fondement de l’universalité ne peut être que dans l’univocité. Car, si l’être pouvait recevoir une multiplicité d’acceptions différentes, il n’y aurait aucune raison pour ne pas le laisser s’émietter en une multiplicité de notions. Nous serions obligés à propos de chaque objet particulier de nous demander quelle est celle de ces notions qui lui convient. Nous ne pourrions affirmer à priori que cet objet, dès qu’il est susceptible de recevoir une détermination quelconque, est contenu dans l’être total : ainsi la connaissance de ses qualités lui donnerait une sorte d’être qualitatif, loin que l’être en général qu’il détermine doive être supposé pour que la richesse intérieure de celui-ci vienne trouver une expression dans la variété infinie des qualités particulières. L’unité de l’univers n’aurait plus de point d’appui, le multiple serait posé avant l’un. Et dans chacun de ces mondes différents, chacun de ces objets, dont nous disons qu’il est, serait un véritable néant à l’égard de l’être tel qu’on le définirait dans tous les autres.

Pourtant, on conserve le même nom d’être pour recouvrir tant d’acceptions différentes et, par là, une communication reste possible entre ces mondes séparés. Or cela revient à dire que tous ces mondes font partie du même univers ou qu’il existe une certaine signification du mot être que l’on retrouve sans altération à travers toutes les formes particulières que l’être est capable de recevoir. N’est-ce pas retrouver l’univocité au moment où l’on croyait lui avoir échappé ?

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