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Il ne suffit pas de définir l’idée de l’être comme l’idée toujours identique à elle-même qui réduit à l’unité la multiplicité des idées particulières en les conduisant à leur point de perfection, ni de rappeler que l’être de chaque objet ne peut être que l’être du tout dont il fait partie, il faut encore, en serrant le problème de plus près, reconnaître que le sujet qui pense une idée s’attribue à lui-même une puissance d’affirmation qui dépasse infiniment l’idée même qu’il affirme. Cette puissance d’affirmation, il n’achèvera jamais de l’exercer pendant sa vie tout entière. Pourtant, chacun de nous sent bien qu’elle est indivisiblement présente dans chacune de ses opérations. Si on ne commet pas la faute de considérer cette puissance comme irréelle pour donner seulement le nom d’être à l’objet qui la limite dans l’instant, et si on admet, d’une manière générale, que la multiplicité des effets manifeste toujours l’unité de la puissance, mais sans altérer, accroître ni diminuer son essence, il est évident qu’il y a dans l’activité de la pensée une abondance et une ductilité infinies dont la variété des idées est un témoignage imparfait et toujours renouvelé.

Faut-il dire que cette variété vient des choses et que l’unité que nous rétablissons entre elles exprime seulement leur aptitude commune à prendre place dans une conscience universelle ? Cependant la diversité qui règne entre les choses elles-mêmes semble moins une conséquence de leur essence que de leurs relations mutuelles, du point de vue sous lequel chacune considère l’autre, de la synthèse par laquelle chaque individu constitue ce qu’il a de propre corrélativement à une analyse qui divise le monde dans l’espace et le temps de manière à permettre à cet être particulier d’y retrouver les conditions et la matière de son originale vocation. Mais, puisque la forme de l’être en apparence la plus humble implique la présence actuelle de sa réalité plénière, ne faut-il pas conclure que la diversité s’intercale entre la puissance parfaite de l’idée pure et la totalité parfaite de l’être donné, que celles-ci s’identifient en droit et ne se distinguent qu’en fait et pour un être fini dont la puissance n’a jamais achevé de s’exercer, à qui l’objet n’est donné que par fragments, et qui tour à tour peut considérer cette puissance et cet objet comme se surpassant mutuellement afin qu’il puisse créer lui-même sa propre nature dans un univers dont il est à la fois le spectateur et l’ouvrier ? L’unité universellement féconde que l’on rencontre dans l’activité de la pensée pure, l’unité universellement présente que l’on rencontre dans l’être réalisé ne peuvent être confrontées sans que l’idée de l’être apparaisse aussitôt comme exprimant la totalité actuelle de l’être aux yeux d’une conscience finie, qui opposait et cherchait vainement à faire coïncider l’objet et l’idée dans la série indéfinie de ses connaissances particulières. Elle reconnaît alors que la puissance de l’affirmation, qui est à la fois indivisible et infinie, ne peut jamais se distinguer de la plénitude parfaite de l’être qu’elle affirme.

On résumera toute l’argumentation précédente d’une manière sans doute plus aisée à saisir en disant que, si l’être de chaque chose particulière, c’est l’être du tout, l’idée d’une chose particulière ne peut jamais se confondre avec la réalité de cette chose, tandis que l’idée de l’être ou l’idée du tout, ne faisant pas de distinction entre les choses et ne les opposant point entre elles, les surpassant au contraire et les comprenant en soi, ne laisse subsister hors d’elle aucun objet vis-à-vis duquel elle pourrait se montrer inadéquate.

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