En réalité, l’être ne joue jamais le rôle d’un véritable attribut, car ce serait vouloir en faire une qualité séparée, alors qu’il est non pas même la somme de toutes les qualités, mais l’unité plénière dont les qualités expriment les différents aspects. C’est pour cela qu’il est faux de vouloir le poser séparément, alors qu’il est l’acte par lequel chaque sujet est posé. L’universalité même de l’être devrait suffire à nous mettre en défiance sur la légitimité de son rôle attributif, s’il est vrai que l’attribut est toujours une qualité et si les qualités ne peuvent apparaître que dans l’être et grâce à leur opposition mutuelle.
Jamais l’être n’est attribué à un terme comme une propriété intégrante de ce terme et le langage lui-même résiste à en faire une qualification. Nous disons « A est » ; pour dire « A est existant » il faut non seulement évoquer l’analogie d’un jugement comme « A est blanc », mais violenter le mouvement naturel de la pensée qui sent bien qu’après avoir dit « A est », nous avons dit tout ce qu’on pouvait dire de A relativement à l’existence, puisque nous l’avons inscrit dans l’univers. Dire qu’il est existant, c’est à la fois un pléonasme, puisque l’idée exprimée par l’épithète est déjà acquise, et un cercle, puisque c’est laisser croire que l’on peut distinguer l’être à l’intérieur de A autrement qu’en distinguant d’abord A à l’intérieur de l’être (enveloppement réciproque qui trouvera une expression adéquate dans la nécessité pour toute conscience d’être finie).
On a vu que Kant refusait avec raison de faire de l’existence un élément de la compréhension des termes ; mais s’il avait raison, ce n’est pas, comme il l’a cru, parce que l’existence est extrinsèque par rapport à l’idée, c’est parce que l’idée suppose toujours l’être et qu’elle le limite en le déterminant, de telle sorte que, toutes les qualités étant dans l’être, l’être ne peut s’identifier avec aucune d’elles. Il nous appartiendra, en le définissant, de dire s’il représente un objet présent, passé ou futur, une perception actuelle ou l’image actuelle d’une perception possible, une donnée contingente ou un acte nécessaire de la pensée. Mais c’est parce que l’être a été supposé que le terme a pu être défini : il doit toujours être inscrit dans l’être de quelque manière et c’est en le définissant correctement qu’on l’y inscrit correctement.