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La plénitude de l’être trouve une double expression, soit qu’en chaque point on considère l’abondance infinie des qualités qui se croisent en lui, soit qu’elle nous commande d’embrasser par un seul regard la totalité des choses. Car la compréhension de l’être est nécessairement la même partout où on le retrouve : elle ne se distingue pas de l’extension qui dilate l’un dans le tout, comme la compréhension resserre le tout dans l’un. Ainsi, l’unité de chaque objet exprime l’unité de l’univers. Mais dès que l’analyse décompose cette unité pour la résoudre en éléments, elle y distingue l’infinité des qualités associées ou des objets juxtaposés.

L’infinité de l’être est, au regard de l’analyse, l’expression de la vue intuitive par laquelle nous saisissons son unité. Au point de vue de l’extension, l’unité permet de considérer le monde comme un individu, et l’infinité comme une multitude innombrable d’êtres particuliers. Au point de vue de la compréhension, l’unité nous permet de considérer l’être comme indivisiblement présent en tous points, et l’infinité comme une abondance inépuisable de caractères donnés à la fois.

Dès lors, les rapports entre l’extension et la compréhension de l’être peuvent être exprimés par quatre formules différentes dont les deux premières seulement vérifient l’axiome classique. Il faut avoir en vue pour obtenir celles-ci — soit l’unité dans l’extension et l’infinité dans la compréhension : l’être est alors un individu dont on ne dénombrera jamais toutes les propriétés — soit l’unité dans la compréhension et l’infinité dans l’extension : alors l’être redevient un genre dont la définition est si pauvre qu’il est impossible de l’énoncer. Au contraire, si l’on considère l’unité ou l’infinité à la fois dans l’extension et dans la compréhension, les formules que l’on obtient contredisent l’axiome classique : car — dans le premier cas, l’être est un individu, mais il est en même temps d’une parfaite simplicité qui est un effet cette fois de la plénitude et non de l’indigence — et dans le second cas, l’être manifeste simultanément l’excès débordant de sa richesse intérieure par la multiplicité sans bornes des individus qui le reçoivent et des caractères qui le forment. Mais afin de mieux comprendre le sens des deux notions d’extension et de compréhension, et afin de saisir pourquoi elles doivent s’identifier dans l’être pur et se séparer pour varier en raison inverse l’une de l’autre dans les êtres particuliers, il faut examiner de plus près le mécanisme de l’analyse.

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