La connaissance et l’action attestent également la limitation de notre esprit : car le propre de la connaissance, c’est d’exprimer la distance qui nous sépare d’une réalité qui nous dépasse et dont nous ne pouvons obtenir que la représentation ; et le propre de l’action, c’est d’exprimer la distance qui nous sépare d’une réalité sur laquelle nous avons prise, mais que nous ne pouvons que modifier et non pas créer. Le monde, en tant qu’il est un objet de connaissance, est d’abord une donnée opaque, mais dans laquelle l’esprit introduit graduellement une sorte de transparence : il tend à la limite à se dissoudre dans une lumière pure. Le monde, en tant qu’il est objet du vouloir, est d’abord un obstacle qui nous résiste, mais que l’esprit transforme en un moyen à son service : il tend à la limite à devenir son opération pure. Il reste le monde dans la mesure où il subsiste devant l’esprit comme une masse à la fois obscure et rebelle. Comme tel, le monde remplit tout l’intervalle qui sépare l’esprit fini de l’esprit infini : c’est le monde qui les sépare et c’est à travers le monde qu’ils communiquent.
Supprimer le surlignage