Aller au contenu

Jusqu’ici nous n’avons examiné que le rapport de l’esprit avec le monde. Mais l’essence de l’esprit se révèle plus clairement encore dans son rapport avec le temps. De l’esprit on peut dire qu’il est la conscience du temps. Car le monde est tout entier dans l’instant. Le passé et l’avenir n’ont de réalité que dans l’esprit : ce sont de pures pensées. Dans le présent où je vis, tout ce qui est donné est matériel : mais je m’en détache en me rappelant ce qui n’est plus, en imaginant ce qui n’est pas encore. Et l’esprit, c’est la relation que je ne cesse d’établir, à travers chaque coupe du devenir, entre le futur qui n’est pour moi qu’une possibilité pure et le passé qui est une réalité non point abolie, mais accomplie. Or, le possible et l’accompli ne sont rien que par un dépassement du réel, en avant, pour l’anticiper ou pour le produire, et en arrière, pour assurer sa survivance intérieure. Entre le possible et l’accompli, qui sont deux moments de la vie de l’esprit, le monde, tel qu’il est donné, n’est qu’un lieu de passage qui ne cesse de s’évanouir et de ressusciter. C’est aussi le lieu d’une épreuve dans laquelle la possibilité est assujettie à se transformer en chose avant de disparaître pour s’incorporer à la substance même de mon être spirituel.

Supprimer le surlignage