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C’est le temps, semble-t-il, qui pose tous les problèmes métaphysiques, car ces problèmes se réduisent sans doute à trois : celui du rapport du permanent et du variable, celui de l’origine des choses, et celui de la fin vers laquelle elles tendent. Or il ne faut pas dire seulement que ces problèmes supposent le temps, mais encore qu’ils se trouvent enveloppés tous les trois dans le problème du temps, de telle sorte que le temps lui-même peut être considéré comme formant l’unique problème de la métaphysique.

Or il est impossible de considérer le temps comme ayant lui-même une réalité objective, car cette réalité, il est impossible de la poser sans que ce soit le temps précisément qui la détruise. Dès lors on comprend qu’on ne puisse considérer la métaphysique comme la science de l’objet absolu, sans la considérer en même temps comme la science de l’éternité, au sens où l’éternité est définie comme étant la négation du temps. Mais c’est l’avènement du temps qui devient alors impossible à comprendre. Au contraire, il est évident que si l’être est acte et si le seul acte dont nous ayons l’expérience est l’acte de participation, la genèse du temps apparaîtra comme inséparable de son exercice même. Non pas que, malgré les apparences, l’on puisse dire de l’acte, et même de l’acte de participation, qu’il s’accomplit dans le temps, car le caractère propre de tout acte, c’est de s’exercer dans le présent, et peut-être même de constituer la présence même du présent, de telle sorte que l’acte considéré en soi est omniprésent, c’est-à-dire éternel, et que l’acte de participation, en tant qu’acte, nous fait pénétrer nous-même dans l’éternité ; mais le moi n’est point exclusivement acte ; il est un mélange d’activité et de passivité, et tout acte est pour lui corrélatif d’une donnée. Or cette donnée, il la dépasse toujours, ce qui veut dire qu’il se crée à lui-même un avenir qui n’est rien de plus qu’une possibilité pure jusqu’à ce qu’elle s’actualise dans une nouvelle donnée qui devra être dépassée à son tour. Cependant, le propre de cette donnée, c’est d’être éminemment transitive ; elle tombe dans le passé où elle ne serait plus rien sans la pensée qui la ressuscite, comme le possible n’est rien que par la pensée qui l’évoque. Seulement, en se convertissant en souvenir le possible a acquis la densité qui lui manquait : il adhère à notre propre moi qui ne peut plus s’en détacher, mais en dispose comme il l’entend.

Ce qui justifie une triple conclusion : 1) que le temps lui-même exprime une circulation du moi dans l’éternité, puisque c’est également par un acte présent que nous pensons le possible, que nous l’actualisons dans une donnée, et que nous le faisons revivre par la mémoire. 2) Que le temps exprime une conversion, à travers une forme d’objectivité qui nous rend solidaire et tributaire de tout l’univers, non seulement du possible indéterminé en un souvenir déterminé, mais du possible qui était une interrogation en un souvenir qui est une possession, ou encore du possible qui n’était pas encore nôtre en un souvenir qui est nous. 3) Que le temps ne renferme rien de plus qu’une suite de données qui par elles-mêmes sont toujours évanouissantes. Nous ne pouvons mettre dans le temps ni le possible, avant qu’il se réalise, ni le souvenir, après qu’il s’est réalisé, mais seulement le passage de l’un à l’autre. Ceux qui regardent le temps comme la substance des choses, ne considèrent comme réelle que l’apparition des données dans le pertuis de l’instant. Mais dans l’instant s’opère aussi la coïncidence fugitive du temps et de l’éternité ; et la participation a besoin du temps pour en faire un moyen d’accès dans l’éternité.

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