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Cette correspondance variable fait apparaître pourtant l’extraordinaire insuffisance de la doctrine du parallélisme dont on voit bien qu’elle est une indigence de la pensée. Car il n’y a pas deux mondes dont l’un serait un simple décalque de l’autre, mais un seul monde formé d’éléments articulés et interdépendants.

La première erreur, et la plus grave c’est de considérer le psychologique comme un simple reflet du physiologique, de telle sorte que rien ne changerait dans notre vie s’il n’y avait que le corps et en lui toutes les traces qui produisent dans la conscience la représentation du monde. Car, si le corps fait partie lui-même d’une telle représentation, il en est le centre, qui nous affecte, c’est-à-dire qui nous découvre nos limites et la sphère de notre appartenance, de telle manière que ce que nous nous représentons, c’est ce qui se passe hors de lui et non point en lui. Il n’est rien de plus que le repère par rapport auquel se crée cette perspective que nous avons sur le monde et qui est elle-même immanente au monde. A l’image de deux lignes parallèles il faut donc substituer celle d’un foyer d’où partent une infinité de rayons tendus vers tous les points de la périphérie.

La deuxième erreur, c’est de penser que cette correspondance entre une série d’événements corporels et une série d’événements de conscience puisse suffire à créer une représentation du monde. Car outre que l’on ne saurait pas très bien en quoi pourrait consister cette correspondance si l’état de conscience n’était pas chaque fois la conscience de tel état du corps, que nous ignorons presque toujours, comment le parallélisme tout entier pourrait-il être autre chose que l’invention d’une conscience supérieure aux deux termes qu’elle compare et qui cherche dans le monde un objet privilégié, à savoir, le corps, auquel elle puisse se lier, afin de rendre compte de l’apparition de ses états, c’est-à-dire de sa propre limitation ?

Enfin, la troisième erreur, c’est précisément de considérer la pensée et le corps comme formant deux séries séparées dont l’une serait par rapport à l’autre une sorte d’émanation fragile et inutile. Car l’esprit devance le corps comme une possibilité qui vient s’incarner dans le corps : l’objet représenté n’est lui-même qu’un objet possible, si on l’oppose à l’objet réel, à plus forte raison l’objet imaginé, et même l’objet remémoré dont la mémoire seule dispose. Cependant la distance ontologique qui sépare l’esprit du corps, c’est celle qui sépare non pas proprement le possible du réel, mais une puissance qui nous permet de constituer par un acte de liberté notre essence éternelle d’une donnée actuelle qui lui sert d’épreuve et d’instrument, mais qui ne cesse de nous échapper et de nous fuir.

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