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Après avoir opposé, à l’intérieur même de l’expérience l’acte et la donnée et reconnu dans cette opposition l’opposition classique de la transcendance et de l’immanence, il faut que notre réflexion s’applique à considérer ces deux termes comme incapables d’être dissociés et comme constituant par leur union, ou antérieurement à leur dissociation, l’unité de cet autre terme auquel nous donnons le nom d’être et qui, si nous cherchions à le définir d’une manière primitive et isolée, nous apparaîtrait comme vide de tout contenu, c’est-à-dire comme impossible à distinguer du néant.

  1. En alléguant l’unité de signification du mot être et la coupure absolue entre l’être et le néant qui est celle de l’affirmation et de la négation et empêche que le néant soit l’objet d’un autre jugement que d’un jugement négatif, on sera obligé d’accorder que l’acte et le donné sont compris l’un et l’autre à l’intérieur du même être et on évitera par là cette tendance trop fréquente à identifier l’être avec le donné et à faire de l’acte même un simple mode de transition entre le néant et l’être. L’univocité de l’être nous oblige à attribuer autant d’être à l’acte qu’à la donnée, à l’intelligible qu’au sensible, à l’idée qu’à la chose, au possible qu’au réel : autrement, on serait incapable même de les nommer. Ce sont des modes différents de l’être dont chacun exprime une détermination particulière : ce qui doit obliger le matérialiste lui-même à concéder qu’il y a une forme d’existence proprement spirituelle qu’il ne peut pas songer à nier, mais seulement à subordonner et à réduire.

  2. Mais le mot d’univocité a lui-même une autre acception : car il ne suffit pas de dire que l’être contient dans son extension tout ce qui est susceptible d’être affirmé. Il est aussi l’unité de compréhension de tout l’affirmable. Car, autrement, comment pourrait-on affirmer l’être d’aucune de ses déterminations, c’est-à-dire inclure celles-ci dans son extension ? C’est pour cela qu’il n’y a pas d’acte qui n’implique une relation avec une donnée qu’il se donne, ni d’intelligible qui n’implique une relation avec un sensible auquel il s’applique, ni d’idée qui n’implique une relation avec la chose dont elle est l’idée, ni de possible qui ne soit le possible d’un réel qu’il appelle et auquel il se réfère toujours.

  3. Enfin cette solidarité entre l’acte et la donnée, qui les rend nécessaires l’un à l’autre, crée entre ces deux termes une réciprocité, mais une réciprocité variable, de telle sorte que, selon le degré de notre tension intérieure, c’est tantôt l’acte qui l’emporte et tantôt la donnée, sans faire échec pourtant à leur correspondance qui diversifie à l’infini la donnée à mesure que l’acte devient plus parfait et plus pur.

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