Aller au contenu

Cette analyse montre que la sagesse réside au point où, en chacun de nous, la liberté et la nécessité ne font qu’un, où l’on ne pourrait pas agir autrement que l’on ne fait, mais parce que notre activité est devenue spirituelle, c’est-à-dire trouve en soi ces raisons d’agir qui ne se distinguent pas de son essence elle-même. Il ne faut pas dire par conséquent que la sagesse est sous la dépendance du vouloir en entendant par vouloir une puissance arbitraire qui doit se subordonner à l’intelligence, et qui ne le fait pas toujours. Car nul n’agit que selon ce qu’il voit. Il importe donc de savoir disposer non pas tant de sa volonté que de son intelligence, ce qui veut dire de son attention. Or, dans l’attention, l’intellect et la volonté attestent leur identité profonde dans une activité spirituelle qui les comprend et les dépasse l’une et l’autre. Ainsi s’explique leur action réciproque, qui fait que l’attention doit être définie comme un acte du vouloir, mais qui engendre la connaissance, et la connaissance comme une lumière, mais qui est nécessaire à l’exercice du vouloir, et sans laquelle il ne se distinguerait pas de l’instinct. De même, si la sensibilité n’est rien de plus qu’un écho de la volonté dans la partie passive de nous-même, on ne saurait les séparer l’une de l’autre : la valeur est à leur rencontre. Elle met en jeu leur réciprocité. Car si la volonté n’est éprouvée comme bonne que par la sensibilité, c’est la sensibilité à son tour qui ébranle la volonté et la transforme en amour. Enfin, si la sagesse surpasse la dualité de l’objet et du sujet, puis de la liberté et de la nécessité, et si elle n’y parvient qu’en surpassant la dualité de l’intellect et du vouloir dans l’acte d’attention, puis la dualité du vouloir et de la sensibilité dans l’acte d’amour, on peut dire qu’elle n’atteint son sommet que là où l’attention ne peut plus se distinguer de l’amour, là où c’est l’attention qui éveille l’amour et où nous ne sommes plus attentifs qu’à ce que nous aimons. Si la sagesse est la science de la vie spirituelle, c’est donc parce qu’elle nous oblige toujours à comprendre et à mettre en œuvre cette dialectique vivante par laquelle les différentes puissances de l’âme ne s’opposent que pour se réunir. C’est qu’elle est d’abord la découverte de leur source commune.

Supprimer le surlignage