Aller au contenu

On ne dira pas pourtant que la sagesse est la science des valeurs : car elle est d’abord la conscience de l’activité qui les produit. Or, il n’y a point d’homme qui n’agisse autrement qu’en vertu de l’attachement qu’il éprouve pour quelque valeur qu’il cherche à réaliser et sans laquelle il ne sortirait pas de l’inertie. On alléguera qu’il peut se tromper dans l’estimation qu’il en fait. Il faut dire plutôt qu’elle n’exprime qu’une perspective particulière de sa conscience, encore mal affranchie de la nature animale, mais qui est toujours capable d’acquérir plus de profondeur et plus de lumière. Un tel progrès peut faire apparaître comme misérables les valeurs auxquelles il s’était d’abord confié. C’est là ce que Socrate a vu admirablement. Nul n’agit jamais que conformément au bien qu’il connaît. Dès que cette connaissance change, l’homme change : il ne change pas autrement. Cette thèse, il est vrai, rallie contre elle tous les adversaires de l’intellectualisme, et cela pour deux raisons : la première, c’est qu’il semble que chacun croit pouvoir dire par expérience qu’il est possible de connaître le bien sans le faire. Mais de quelle connaissance s’agit-il ? On peut connaître le bien comme un objet, et savoir qu’il est le bien parce qu’on l’a appris ou qu’il est devenu un concept de notre raison. Mais ce n’est pas là le connaître comme il faut connaître les choses spirituelles, c’est-à-dire par cette adhésion intérieure qui fait qu’il est notre activité elle-même, prenant possession de soi et de la fin réelle vers laquelle elle tend. La valeur à laquelle je crois, c’est celle qui me détermine et qui exprime le niveau spirituel auquel je suis parvenu. — La seconde raison est inverse de la précédente : on dira que la volonté cherche le bien et qu’elle va toujours au delà de la connaissance qu’elle en a. Mais c’est vouloir que cette connaissance soit par avance celle d’une chose déjà réalisée, c’est-à-dire un mirage ; or, après coup, elle n’est plus que celle d’un objet. La vraie connaissance du bien réside dans cette disposition intérieure de la volonté, qui, au moment où elle le cherche, montre que déjà elle le tient.

Supprimer le surlignage