Il n’y a donc conscience que de ma propre activité et connaissance que d’un objet. Il serait aussi vain de vouloir transformer mon activité en objet, comme le fait une certaine psychologie, que de vouloir trouver dans l’objet une activité que je n’exerce pas, comme le faisait la plus ancienne métaphysique. A la dualité du sujet et de l’objet sur laquelle repose toute connaissance, correspond la dualité de l’activité et de la passivité, qui est constitutive de la conscience : sans elle, mon activité serait infinie, et je serais Dieu. L’activité que je mets en jeu et que j’appelle ma volonté a donc toujours un écho dans ma passivité, c’est-à-dire dans ma sensibilité. Le propre de la sagesse, c’est, semble-t-il, de régler la relation toujours variable qui les unit. Mais ce serait une grave erreur de penser que ma volonté ici agit sur mes états pour en changer le cours comme la technique agit sur l’objet pour l’approprier à mes besoins. Car les états de ma sensibilité, c’est moi-même : ils traduisent fidèlement les degrés et le niveau de mon activité, au lieu d’être une matière à laquelle celle-ci s’applique et dont elle dispose à son gré. Si l’on prétend, par conséquent, qu’il y a une dualité de la conscience comparable à celle de la connaissance, il y a entre elles la plus grande différence : car la première, en me donnant seulement la représentation de l’objet, le rejette hors de moi, au lieu que la seconde intègre le sentiment à la conscience que j’ai de moi ou plutôt fait de la dualité entre le sentiment et le vouloir un dialogue qui est moi-même.
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