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Il est donc naturel d’admettre que nous ne puissions avoir prise sur les choses qu’en apprenant quelles sont les lois auxquelles elles obéissent. Mais on s’aperçoit alors avec admiration que l’homme est supérieur à ces lois, moins parce qu’il est capable de les comprendre que parce qu’il peut les utiliser et, pour ainsi dire, les infléchir de manière qu’elles servent ses propres desseins. Ainsi l’homme est devenu peu à peu, selon l’expression célèbre de Descartes, « maître et possesseur de la nature ». La sagesse serait-elle donc cette maîtrise désormais assurée, cette possession devenue disponible ? Personne ne le pense. La science nous donne une sorte d’ivresse de la puissance. Mais la sagesse consiste à en diriger l’emploi. Sa tâche est donc d’autant plus difficile, comme on le voit aujourd’hui, que cette puissance est devenue elle-même plus grande. C’est donc que la sagesse réside dans un certain usage de la volonté, qui, au lieu de se laisser emporter à entreprendre tout ce qu’elle peut, n’oublie jamais que l’homme fait partie de l’univers, et qu’en cessant de proportionner son action à sa nature, il risque de détraquer celle-ci ou de la briser. Aussi a-t-on vu de tout temps l’idée de sagesse se définir par les vertus d’équilibre et de modération.

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