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Quant aux choses matérielles elles-mêmes, nous dirons d’elles qu’elles n’ont pas d’essence. Il n’y a point de difficulté en ce qui concerne les produits fabriqués dont nous voyons bien que leur essence réside soit dans la pensée de celui qui les a mis en œuvre, soit dans la fin qu’il poursuivait, soit dans l’usage auquel il voulait les faire servir. Ici l’essence est encore toute spirituelle : elle a la conscience comme unique séjour. Elle est universelle au sens où elle s’identifie avec un acte que l’on peut répéter sans cesse, et c’est la matière qui l’individualise. On en dira autant des objets particuliers dont on distingue la présence dans le monde ; ils ressemblent aux objets fabriqués, et même ils le sont toujours d’une certaine manière par l’attention qui les circonscrit et qui épouse leurs articulations : ils n’ont une essence que parce qu’ils sont les points d’application toujours renouvelés de notre pensée et de notre action. Si nous considérons maintenant la matière nue, il faut dire que non seulement elle n’a pas d’essence et même qu’elle est la négation de l’essence, mais encore qu’elle ne tient l’existence que de notre liberté elle-même, dès que celle-ci, reconnaissant les bornes de son pouvoir, projette en elle, à travers la diversité de ses propres opérations, la multiplicité infinie des objets particuliers.

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