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Nous avons essayé d’atteindre le rapport de l’essence et de l’existence à son extrême pointe, là où la conscience est capable de l’appréhender et en un sens de le vérifier en elle, là où l’existence réside dans un acte de la liberté et l’essence dans la détermination qu’elle se donne à elle-même. Ainsi nous nous conformons une fois de plus à cette méthode qui cherche toujours à atteindre l’être à son sommet, dans sa forme la plus parfaite et la plus pure dont toutes les autres formes sont des échelons. Et il est vraisemblable que, quand nous appliquons la distinction de l’essence et de l’existence au rapport entre l’espèce et l’individu, nous ne faisons rien de plus que d’anthropomorphiser toute la nature, ou du moins de l’interpréter sur le modèle de notre propre activité consciente. Car nous considérons naturellement tout vivant qui se développe comme réalisant le type de son espèce : et ce type, c’est une idée qui est en nous, et dont nous imaginons qu’elle est aussi en lui comme un modèle inconscient sur lequel il réglerait toute sa croissance. Elle est donc une possibilité, mais qui lui est imposée et dont il est difficile de supposer qu’il l’ait lui-même choisie ; et, s’il s’en écarte, c’est un effet des circonstances plutôt que de son vouloir. Enfin, comment l’essence ici serait-elle postérieure à l’existence, et comment pourrait-on parler encore d’une essence individuelle, puisqu’il n’y a aucune acquisition spirituelle qui puisse survivre à l’existence et que tout l’être de l’individu se consomme avec elle ? Or c’est là ce que l’on observe déjà dans la vie de notre corps dont il faut que l’existence s’abolisse et même s’abolisse à chaque instant pour que notre essence intérieure se constitue.

Faut-il donc penser que les espèces vivantes ne sont rien de plus que le socle non pas même de la vie humaine, mais encore de la vie spirituelle ? On comprendrait alors facilement d’une part que nous cherchions toujours en elles le même passage de la possibilité à l’existence qui apparaît en nous comme la loi de notre conscience, et que d’autre part ce passage ne fût l’effet en nous que d’un acte de pensée et hors de nous que d’une nécessité naturelle. Cependant on peut dépasser cette simple description de fait et, en se demandant pourquoi les vivants sont répartis en espèces et pourquoi nous avons nous-mêmes un corps qui nous situe à l’intérieur de l’espèce humaine, on arrive à comprendre comment l’acte de participation, en tant qu’il est l’effet de notre liberté, est surpassé nécessairement par une nature où toutes les possibilités conditionnelles encloses dans l’être absolu doivent trouver une actualisation individuelle afin de lui servir pour ainsi dire de support. On pourrait concevoir alors la distinction et la classification des espèces comme formant l’objet d’une dialectique dont l’avènement d’une existence spirituelle serait à la fois la raison d’être et la fin. Une telle entreprise supposerait à la fois un avancement considérable de nos connaissances empiriques et une élaboration très poussée des lois de la participation. Il suffit seulement de montrer que les essences dont il s’agit ici ne pourront avoir qu’un caractère spécifique, non pas qu’il faille les regarder comme étant les simples schémas des ressemblances individuelles, mais comme les différentes voies qui peuvent ouvrir l’accès de cet univers des existences dans lequel la liberté est tenue d’actualiser elle-même sa propre possibilité. Il ne peut donc être question ici ni d’essence individuelle, ni de création de l’essence par l’existence : sauf à considérer la liberté elle-même comme étant l’existence originaire qui fonde, avec la hiérarchie des essences spécifiques, les conditions de ce monde des existences individuelles où il faut qu’elle vienne s’incarner.

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