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Quand on dit de l’existence qu’elle est celle d’une liberté et que cette liberté n’est rien de plus que la possibilité de l’être que nous serons un jour, on ne précise pas encore assez le rapport de cette liberté et de cette possibilité. Car la liberté est une initiative que nous ne cessons de mettre en œuvre. Elle est dont une possibilité dans la mesure où il dépend de nous, d’une manière tout à fait générale, de la laisser à l’état de possibilité pure ou de la réaliser. Cette alternative est caractéristique de la liberté comme telle. On conçoit une liberté repliée pour ainsi dire sur elle-même dans l’attente d’une option qui ne se produit jamais ; mais on ne peut concevoir aucune liberté que par rapport à cette option éventuelle qu’elle porte toujours en elle dans une sorte d’attente capable à tout instant de faire explosion. Jusque-là elle n’est pas, comme on le croit, dépourvue d’existence ; elle est l’existence même, prise pour ainsi dire à sa source : outre que, ne pas opter, c’est opter encore. Mais quand l’option véritable a lieu, ce n’est plus une simple option entre l’agir et le non-agir ; car l’agir même comporte différents chemins, c’est-à-dire prolonge la dualité de l’affirmation et de la négation en une pluralité d’affirmations entre lesquelles l’option, pour s’achever, devra prendre parti. La négation est unique puisqu’elle consiste dans le refus d’une détermination. L’affirmation enveloppe une infinité de déterminations possibles offertes au choix de la liberté.

Ainsi en disant que la liberté est l’être de notre possibilité, nous ne pouvons méconnaître qu’elle contient en elle l’infinité des possibles. Nul ne peut douter d’ailleurs que le mot de possibilité n’ait de sens qu’au pluriel, et même qu’il exprime l’infini de la pluralité. Cependant deux observations sont encore nécessaires pour préciser l’origine et la nature de la possibilité. La première est destinée à rappeler que l’idée de possibilité est liée à l’idée d’avenir. L’avenir est le lieu des possibles, non seulement par son indétermination qui fait qu’avant de se changer en présent il échappe à la connaissance, mais encore parce qu’il est la carrière ouverte à la liberté pour qu’elle puisse se frayer dans l’être un chemin qui dépend d’elle seule. Ainsi l’avenir précède le passé comme le possible précède le réalisé. En second lieu, on peut dire que le possible ne peut être que représenté par l’imagination. L’être d’une représentation n’est lui-même que l’être d’une possibilité. Et aucun produit de l’imagination n’est jamais qu’une esquisse qui s’achève seulement dans la création même de son objet. Mais la pensée des possibles à son tour n’est rien de plus que l’éclatement de la liberté qui ne peut prendre conscience d’elle-même, de son propre pouvoir de choix, autrement qu’en déployant devant elle une infinité de déterminations éventuelles qui à chaque instant l’obligent à décider et par conséquent à s’engager.

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