C’est dire qu’il n’y a pas d’essence des choses matérielles. Elles sont réduites à la pure existence et encore à l’existence comme apparence pour une conscience, bien que cette apparence cache une richesse que l’on ne réussira jamais à actualiser tout entière. On pourra encore soutenir que l’essence des choses matérielles, c’est l’acte même qui les pense ou qui les veut : c’est dire encore que leur essence est une existence spirituelle. Et l’on comprend ainsi le sens qu’il faut attribuer à l’idée, qui est spirituelle en tant qu’elle est acte de la pensée et objective pourtant, en tant qu’elle est un acte par lequel la chose est pensée, et pensée précisément comme chose. On conclura en disant que l’existence spirituelle, dont nous n’avons d’autre expérience qu’une expérience intérieure, comporte elle-même trois formes distinctes, mais qu’il est impossible de dissocier : c’est d’abord l’expérience de la liberté, mais qui, en s’exerçant, doit s’apparaître à elle-même comme une simple possibilité avant d’acquérir, en traversant le monde matériel pour s’en délivrer ensuite, l’essence même qu’elle a voulu non seulement avoir, mais être.
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