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Faut-il juger alors que cette existence matérielle (celle du corps et celle du monde) est une existence inutile et faire le rêve d’un esprit pur que la chute aurait corrompu ? Mais cette chute et la corruption même de notre nature sont liées, comme l’Incarnation elle-même, à toute l’économie de la création. C’est qu’il n’y a point à proprement parler de nature spirituelle : ou, ce qui revient au même, c’est une nature qu’il nous faut à chaque instant acquérir. Or, c’est là retrouver cette idée que l’esprit n’est rien de plus à notre égard qu’une possibilité qu’il dépend de nous de réaliser. Nous n’y parvenons que par le moyen du temps où notre activité se donne carrière et de la matière, où nous rencontrons des résistances qu’il nous appartient de vaincre, mais qui nous obligent à sortir de nous-mêmes, à entrer en contact avec tout ce qui n’est pas nous afin de former avec les autres êtres un même univers. Ce qui montre à quel point l’existence matérielle dépasse cette existence simplement phénoménale à laquelle l’idéalisme prétendait la réduire.

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