Cependant, c’est seulement en paroles que la conscience commune considère l’existence matérielle comme jouissant d’un privilège ontologique sur l’existence spirituelle. Car, dès que la vie prend pour nous un caractère de crise, et dans tous les moments de loisir où notre propre moi nous devient tout à coup présent, le spectacle des choses aussitôt recule et le monde devient pour nous comme un décor. Il nous fournit encore des occasions, des prétextes, des obstacles ou des instruments qui éprouvent notre existence spirituelle et l’obligent à naître et à fructifier, mais qui disparaissent après avoir servi. Que reste-t-il de tous les événements matériels de notre vie quand nous jetons un regard en arrière, sinon cet être spirituel que nous sommes devenu et dont ils ont préparé peu à peu l’avènement ?
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