Mais c’est bien à tort qu’on affecte de considérer la matière comme ayant par elle-même une sorte de subsistance et d’immutabilité par opposition à l’esprit, qui serait au contraire essentiellement fragile et variable, et qui demanderait à la connaissance même qu’il acquiert des choses une sorte de consolidation. Car le monde matériel n’est jamais qu’une perspective que nous avons sur la totalité du réel ; or il y a sur lui une multiplicité de perspectives différentes selon le foyer que nous adoptons ; et il ne cesse de changer selon que nous essayons de nous le représenter avec nos sens, ou avec des instruments eux-mêmes de plus en plus perfectionnés, ou avec les concepts de notre raison. De ces représentations, quelle est celle qui est vraie ? Question qui n’a pas de sens, car elles le sont toutes également en fonction du repère que nous avons choisi, de telle sorte que la matière elle-même n’est rien de plus que la possibilité de toutes et la loi même qui les unit.
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