Il y a plus : la distinction même que nous faisons entre la conscience et le corps (ou le monde), en considérant l’une comme une existence spirituelle et l’autre comme une existence matérielle dont nous nous demandons ensuite comment elles peuvent s’unir, est une distinction tardive qui est elle-même un produit de la réflexion. Car lorsque je prononce le mot moi, la conscience que j’en ai est inséparable non seulement des affections de mon corps et des mouvements qu’il accomplit, mais encore de la représentation que j’ai du monde et des changements qui s’y produisent. Dans ce complexe d’éléments interdépendants je serais bien embarrassé de dire où commence la spiritualité et où finit la matérialité : la ligne de démarcation qui les sépare est une ligne variable qui passe entre ce que je suis capable d’assumer et ce que je suis obligé de subir. On a beaucoup discuté sur les rapports entre l’âme et le corps ; mais le problème est de savoir comment je parviens à les distinguer plutôt que comment je parviens à les unir.
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