Que l’acte absolu qui se crée lui-même éternellement s’offre à la participation d’une infinité d’êtres libres trouvant en lui les possibilités mêmes qu’ils actualisent, qu’ils forment tous ensemble une société spirituelle qui est le fruit à la fois de leur initiative et de leur coopération, cela suffirait sans doute à fournir les premiers fondements d’une théorie des valeurs. Mais cela fournit aussi les premiers fondements d’une théorie de la nature, s’il est vrai que la nature réalise seulement les conditions sans lesquelles des esprits différents seraient incapables d’une part de recevoir une limitation, et par conséquent d’être distincts les uns des autres, d’autre part d’inscrire leur existence dans un monde commun à tous au lieu de demeurer des virtualités purement subjectives, enfin d’entrer en relation les uns avec les autres, et de devenir les uns pour les autres de véritables médiateurs. Dès lors on comprend que l’ordre même que nous avons suivi dans cet exposé doit être renversé, si nous voulons transformer l’analyse critique en une genèse explicative. Ce qui est premier, c’est l’intimité spirituelle, c’est l’initiative de la liberté considérée dans son rapport avec l’acte pur qui, en se posant, lui permet de se poser elle-même et de réaliser une vivante communion avec les autres libertés. Ce qui est second, c’est le rapport du sujet et de l’objet qui ne peut être considéré que comme le moyen et l’expression de toutes les démarches intérieures par lesquelles le monde spirituel se constitue.
Supprimer le surlignage