Pourtant cette intimité spirituelle ne trouve sa forme dernière que dans le rapport de notre conscience avec une autre conscience. Il est même remarquable que ce soit alors seulement que le mot intimité reçoive pour nous sa signification la plus parfaite. C’est l’intimité avec un autre qui nous donne l’intimité véritable avec nous-même. Il arrive que le solitaire soit pour lui comme un étranger et parfois comme un ennemi. Il y a par contre une essence métaphysique de l’amitié qui nous découvre que les êtres ne se réalisent qu’en communiquant, et que leur communication même ne se produit que par cette puissance commune qui fonde la liberté de chacun et l’union de tous par une mutuelle entremise. Dans l’amitié qui pose un être autre que moi, et non pas identique à moi, et que je veux autre que moi, afin de ne cesser de recevoir de lui ce que je ne puis me donner à moi-même, je reconnais les lois essentielles de ce monde de l’intimité spirituelle, où la perfection de ma liberté réside dans un acte par lequel je me dépasse moi-même, et où la réponse qui m’est faite est toujours en rapport avec un appel en moi toujours renaissant.
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