Aussi ne s’étonnera-t-on pas si c’est l’intimité de la conscience à l’acte pur, c’est-à-dire à l’intimité parfaite, qui lui donne son intimité à elle-même. Cependant cette liberté dont nous disposons et par laquelle nous sommes capables de nous créer se distingue de l’acte pur, parce qu’elle n’est d’abord qu’une possibilité dont l’usage est entre nos mains. Et la conscience n’est rien de plus que l’être d’une possibilité. Ce n’est pas assez dire encore ; le propre de la conscience, c’est de faire apparaître dans l’acte pur un faisceau de possibilités entre lesquelles il lui appartiendra de choisir avant de les actualiser. La liberté n’est donc pas seulement pour nous une possibilité, mais elle porte en elle la coexistence de possibles différents ; elle est cette coexistence même. Seulement il n’y a pas de possibles préexistant à l’acte par lequel la conscience les crée elle-même comme possibles. Et l’on comprendrait mieux l’originalité propre de la conscience si l’on consentait à reconnaître qu’elle est le laboratoire où toutes les possibilités s’élaborent. Elle est le lieu où l’acte pur se convertit en possible, avant que ce possible se convertisse lui-même en acte participé. Et nul ne peut nier que le fond ultime de la conscience, dans l’expérience la plus émouvante qu’elle nous donne d’elle-même, et par opposition à toute expérience que nous pouvons avoir d’un objet, réside dans cette révélation d’une possibilité toujours nouvelle qui nous est offerte, dans cette responsabilité que nous éprouvons dès que nous sentons qu’il dépend de nous de l’actualiser. Le secret de la création est là, réduit à notre mesure.
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