Cela nous explique suffisamment pourquoi la matière peut être considérée comme étant en elle-même indéterminée, bien qu’elle ne s’offre jamais à nous que comme déterminée et qualifiée, pourquoi elle ne se résorbera jamais dans la perfection de l’acte qui s’y applique (qui cesserait autrement d’être un acte qui m’individualise), pourquoi elle naît de cet acte même, et, au lieu de laisser la place et de s’effacer quand cet acte acquiert plus d’intensité, revêt alors au contraire de plus en plus de diversité, de subtilité et de richesse, pourquoi enfin la qualité, loin de résister à l’acte qui l’appréhende, lui correspond toujours avec la plus extrême délicatesse. De telle sorte que cet acte, au lieu de s’opposer à la donnée, trouve en elle le terme de son accomplissement. Il fait pénétrer l’intelligibilité à l’intérieur de la qualité elle-même, qui nous donne avec le réel, comme on le voit dans l’art, une véritable intimité spirituelle. Ici la passivité, loin d’être la négation de notre activité, est intégrée en elle, posée avec elle et par elle ; et la borne même qu’elle lui oppose lui donne à la fois son contenu et une existence particulière et concrète. Ainsi il appartient à la métaphysique de fonder une science de la qualité, c’est-à-dire, non point comme l’art, de nous en donner la possession actuelle et plénière, mais de nous montrer comment elle répond, dans chacune de ses espèces, à un acte original de la conscience qu’elle prolonge et qu’elle consomme. Dès lors, comme chacun de ces actes est lui-même un acte libre, le spectacle du monde, bien qu’il dépasse toujours notre puissance créatrice, est toujours l’expression de notre mérite.
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