On voit maintenant comment la métaphysique est la découverte et l’approfondissement de l’intimité spirituelle, comment elle se fonde sur une expérience qui, il est vrai, n’est jamais celle de l’objet donné, mais celle d’un accomplissement avec lequel l’être qui s’accomplit ne peut jamais manquer de s’identifier. Elle est l’acte spirituel prenant conscience de lui-même dans sa propre genèse. Un tel acte se trouve toujours engagé dans une double dialectique, une dialectique ascendante, qui remonte jusqu’à sa propre source dans une purification incessante, par une réduction continue de la matérialité à l’intelligibilité et de la diversité à l’unité, et une dialectique descendante, la plus belle des deux, que l’on a considérée parfois comme impossible, et même comme impie, et qui, au lieu de consommer l’abolition de toutes les existences particulières dans l’identité stérile d’un acte solitaire, montre dans la perfection de cet acte même, un appel à s’actualiser pour des possibles toujours renaissants. Et le mystère le plus profond de l’Être réside sans doute dans cette fécondité intérieure dont nous éprouvons, au cœur même de notre propre expérience, qu’elle est toujours proportionnelle à la capacité qu’il a de se suffire. L’intimité spirituelle n’est rien qu’une abstraction dépourvue de substance et de vie si elle n’est pas un double mouvement de va-et-vient qui, d’une part, permet à toutes les existences individuelles de retrouver en elles l’acte absolu dont elles procèdent, et d’autre part, à cet acte même de fonder l’initiative qui leur appartient et de leur fournir l’efficacité dont elles disposent, et qu’elles partagent sans la diviser.
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