Cependant on alléguera contre cette conception d’un acte se connaissant dans son propre accomplissement le célèbre argument kantien que l’on ne peut saisir l’esprit ailleurs que dans son ouvrage et qu’il y a une sorte de contradiction à retourner contre lui-même l’acte par lequel on connaît tout le reste, afin d’en faire à son tour un objet de connaissance. C’est là sans doute l’objection la plus grave contre la métaphysique, et si on la surmontait, une voie royale s’ouvrirait de nouveau devant elle. On ne s’interdit pas pourtant de remonter par une induction nécessaire des produits de l’acte jusqu’à l’acte producteur, qui est la condition même de leur possibilité. Seulement cet acte, dit-on, est au delà de la conscience qui ne nous livre rien de plus que les effets de son opération. Cependant on remarquera d’abord que le nom de transcendantal qu’on lui donne ne saurait empêcher, si l’acte échappe à la conscience, qu’il ne ressemble à ces puissances scolastiques que l’on a appris à railler, ensuite qu’il faut bien, pour que ce mot d’acte puisse convenir ici, que l’on ait par ailleurs de l’acte lui-même quelque expérience qui lui assigne une signification et qu’enfin c’est une véritable gageure, mais qui a séduit beaucoup d’esprits, de vouloir que le foyer de toute lumière soit lui-même caché dans les ténèbres.
Supprimer le surlignage