Aussi bien, en cherchant à discerner dans le vouloir le caractère essentiel de l’Acte tel qu’il se révèle à notre expérience intérieure, ce que nous avons cherché à saisir, ce n’est pas une aveugle spontanéité comme celle que l’on trouve chez Schopenhauer, c’est une initiative dont nous disposons et par laquelle nous naissons toujours à la conscience de nous-même. Et c’est pour cela qu’il n’y a point d’acte propre du vouloir qui ne soit en même temps et indivisiblement un acte de la pensée. Car comment concevoir un acte de pensée que la volonté ne viendrait pas animer et soutenir ou un acte de volonté que la pensée laisserait sans la pénétrer et sans l’éclairer ? La pensée et le vouloir sont les deux aspects par lesquels nous essayons de représenter la fécondité du même acte : ils se dissocient dès que la conscience devient discursive et imparfaite, dès que la volonté est la recherche de l’acte plutôt que l’acte même, dès que la pensée est celle de l’objet et non plus de l’acte s’accomplissant. Au sommet de notre conscience, on ne les discerne plus : c’est là proprement sans doute ce qu’on nomme intuition, qui n’est pas la présence de l’objet à la pensée, mais l’intimité d’une opération spirituelle sans aucun objet, et non point, comme on l’a dit au risque de provoquer beaucoup de confusion, devenant à elle-même son propre objet.
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