Nous dirons donc qu’un être ne peut avoir d’autre intimité, c’est-à-dire d’être qui soit véritablement le sien (par contraste avec une nature qui lui serait encore étrangère et qu’il serait obligé de subir), que l’être qu’il est capable de se donner à lui-même. Car il faut que le centre de l’intimité soit aussi le point où je ne fais plus aucune distinction entre ce que je suis et ce que je veux être, soit qu’il me semble que je ne fasse que consentir d’une manière parfaite à ce que je suis, soit que je ne trouve rien de plus en moi que l’opération même qui me donne l’être. Tant que cette coïncidence entre mon vouloir et mon être est cherchée, mais qu’elle n’est pas atteinte, je n’ai pas obtenu avec moi-même une intimité véritable. Il subsiste en moi des éléments obscurs et inassimilables qui me limitent et qui me pressent, mais qui m’aliènent à moi-même. Dans les moments très purs et très fugitifs où ils paraissent s’abolir, il se réalise une immédiation de moi à l’être. Mais à supposer qu’ils ne disparaissent jamais, le moi n’est lui-même présent à l’Être que là où il produit son être propre et dans la mesure où il le produit.
Supprimer le surlignage