Ce n’est pas dire pourtant que la réalité telle qu’elle est en soi et la réalité telle qu’elle est pour nous ne diffèrent que par le plus ou le moins. Car je ne suis pas seulement un être fini et qui n’ai de contact qu’avec une partie de la réalité, je suis aussi un être déterminé : je fais entrer le réel que je perçois dans une perspective qui m’est propre ; je le revêts ainsi de certaines qualités subjectives qui dépendent de ma nature et qui achèvent de m’en éloigner. Ainsi naît cette conception traditionnelle des deux mondes, dont l’un serait, non pas une image qui révèle l’autre, mais une fantasmagorie qui le dissimule. De telle sorte qu’on ne peut pas s’étonner si la plupart des hommes opposent une connaissance dépourvue de réalité à une réalité qui échappe elle-même à la connaissance. Mais c’est cette double contradiction que la métaphysique essaie de surmonter.
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