Cependant l’intervalle où joue la participation est lui-même un intervalle infini. L’infini n’est pas le caractère de l’absolu, mais il exprime notre relation avec lui ; relation qui nous empêche de nous confondre jamais avec lui (et par conséquent sauvegarde notre indépendance), mais qui nous montre notre affinité avec lui (de manière à en faire la source de tous nos désirs et de tous nos actes). Quant à cet intervalle infini, il ne produirait en nous l’anxiété ou le désespoir que s’il était lui-même un intervalle vide à travers lequel nous ne réaliserions aucun enrichissement et qui nous laisserait toujours également éloigné du terme même dont il nous sépare. Mais cet intervalle est plein. Et le cheminement de notre vie se produit non pas vers l’Être, mais dans l’Être qui ne se retire jamais de nous et nous demeure toujours présent, bien que nous n’en prenions possession que d’une manière imparfaite, ce qui nous permet de progresser sans trêve, en nous donnant l’absolu non pas tant comme but que comme aliment et comme soutien.
Le propre de la dialectique de la conscience, c’est précisément de définir les différentes formes de l’intervalle et de montrer comment elles suffisent à caractériser tous les modes de notre activité représentative et pratique, tous nos succès et tous nos échecs. Or nous pouvons, semble-t-il, distinguer trois types principaux d’intervalle dont tous les autres sont des spécifications : d’abord, l’intervalle entre l’acte et la donnée à l’intérieur duquel la puissance entre en jeu et la participation commence à se réaliser ; puis sa forme objective, qui est l’intervalle spatio-temporel, à l’intérieur duquel se constitue l’univers ; enfin, sa forme subjective, qui est l’intervalle entre l’entendement et le vouloir à l’intérieur duquel se constitue notre conscience personnelle.