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Enfin, il semble qu’une perception parfaite ne serait obtenue que par une coïncidence avec l’objet, qui est chimérique, puisqu’elle abolirait la perception elle-même, et le souvenir parfait que dans une coïncidence avec la perception qui s’est réalisée pourtant une seule fois avant que le souvenir s’en soit détaché, mais dont nous nous éloignons pour ainsi dire indéfiniment. Cependant il est possible peut-être, au lieu de céder à cette tendance commune qui consiste à poser d’abord un objet en soi, inconnu, dont la perception serait une première déformation, qui se déformerait ensuite dans le souvenir d’une manière de plus en plus sensible, de renverser ici l’ordre de ces différents termes ; car ce que nous appelons l’objet n’est rien de plus d’abord qu’une touche du non-moi, qui ébranle seulement notre passivité, et qui ne commence à nous révéler une réalité déterminée que par l’opération qu’elle suscite dans la conscience et qui, enchaînée encore dans la perception, en dégage peu à peu un souvenir de plus en plus pur : l’objet alors cesse d’être un phénomène et se change en une idée. Et l’on comprend qu’il y ait deux conceptions opposées de la mémoire, selon qu’il n’y a à nos yeux de réalité que du phénomène et que le souvenir en est une image lointaine ou décolorée, ou selon qu’il n’y a de réalité que dans une opération de l’esprit, dont le phénomène est seulement l’occasion, et que la mémoire nous apprend peu à peu à accomplir, c’est-à-dire à affranchir.

Au point où nous en sommes, nous pouvons dire que la perception donne à l’objet ce caractère matériel où s’exprime la limitation de l’acte de participation. Mais cet objet, la mémoire le dématérialise, ou le réduit à sa forme pure, non pas qu’il faille dire qu’il y ait, comme dans le mythe platonicien, une préexistence de l’idée à la perception afin que notre activité spirituelle soit ensuite capable de retrouver l’idée au contact de la perception, car l’idée n’est intemporelle que parce qu’elle l’est devenue ; et avant que le souvenir ait apparu, il n’y avait rien de plus en nous que la perception, qui naissait de l’acte même de la participation, en tant qu’il faisait éclore dans le tout de l’être une pure possibilité destinée à recevoir une actualisation purement représentative, en attendant que nous lui donnions cette actualité tout intérieure dont la perception n’était pour ainsi dire qu’un degré. Ainsi quand nous parlions de la coïncidence de la perception avec son objet, c’était une coïncidence qui ne pouvait être trouvée que dans une direction tout opposée à celle dans laquelle nous la cherchions, à savoir dans la résorption non point de la perception dans la chose en soi, où elle perdrait sa subjectivité, mais de la perception dans l’idée, où elle perdrait son objectivité : et de cette réduction, le souvenir fournissait en quelque sorte la médiation.

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