Mais la mémoire peut elle-même affecter une forme plus ou moins pure. Elle garde une relation singulièrement étroite avec la représentation, qui est le mode primitif de la connaissance, et dont il semble qu’elle est aussi la fin de l’acte volontaire, comme si c’était dans la représentation que le réel se présentât à nous sous une forme concrète et que le concept ne fût qu’une sorte de moyen abstrait, destiné, en nous ramenant vers la possibilité, à nous permettre d’introduire dans le réel la marque même de notre action. Aussi peut-on dire qu’il n’y a de souvenir que de la représentation et que le souvenir lui-même est une représentation. Mais l’affinité de la représentation et du souvenir peut être elle-même accusée de différentes manières. Non seulement il m’arrive d’employer le même mot, tantôt de représentation et tantôt d’image, pour désigner à la fois le contenu de la perception et le contenu du souvenir, non seulement le souvenir, comme nous l’avons dit, semble inclus déjà dans la représentation dont il se détache quand l’objet se retire, mais encore la représentation elle-même paraît déjà une sorte de réplique de l’objet et nous ne pouvons pas la concevoir autrement que comme une présence subjective dans laquelle il semble que l’objet vient se reproduire : elle est donc comme un souvenir qui commence à se former, mais sans rompre encore avec cette passivité dont elle est tributaire à l’égard de ce qui la dépasse, avant que notre activité même s’en soit séparée et l’ait réduite pour ainsi dire à sa propre opération.
Il y a même dans la représentation une relation entre l’objet et la perception de l’objet, qui est symétrique de la relation qui existe dans la mémoire entre la perception et le souvenir qu’on en a gardé. Cette symétrie se retrouve sous plusieurs aspects à la fois différents et inséparables :
1°
Comme la représentation implique une distinction entre la perception et l’objet perçu, ainsi la mémoire implique aussi une distinction entre la perception que nous avons eue de l’objet et le souvenir que nous avons de l’avoir perçu.