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En réalité, les différentes puissances de l’âme ne peuvent pas être séparées l’une de l’autre. Non seulement elles s’exercent à la fois, mais encore elles expriment seulement les conditions interdépendantes qui permettent à l’acte de participation de s’accomplir ; car il faut, d’une part, que le tout me soit présent, bien qu’il ne puisse l’être que par représentation, et d’autre part que j’inscrive ma propre action dans le tout, c’est-à-dire que je ne cesse de le modifier dans cette incessante création de moi-même, par laquelle je reçois du dedans l’effet même de la marque que je lui imprime. Malebranche a montré d’une manière admirable cette correspondance entre les opérations de l’intellect et les opérations de la volonté, qui fait éclater en elles une même activité différenciée seulement par les conditions mêmes de son exercice : l’intellect est à l’espace ce que la volonté est au mouvement, c’est-à-dire au temps. Et si les idées, qui sont des déterminations de l’intellect sont comparables aux figures, qui sont les déterminations de l’espace, les inclinations sont des déterminations de la volonté qui restent droites (c’est-à-dire dirigées vers le bien ou vers la valeur) aussi longtemps qu’aucune cause extérieure ne vient la modifier, de telle sorte que la rectitude de la volonté est un idéal dont nous nous écartons toujours.

Mais la relation de l’activité représentative ou noétique et de l’activité volitive apparaît plus clairement encore quand on réfléchit sur la nature de l’attention : elle est médiatrice entre l’intellect et le vouloir. Il ne suffit pas de dire qu’elle est un effort intellectuel, ou qu’elle est à l’égard de l’esprit ce que l’effort est à l’égard du corps. Elle est la volonté appliquée à la représentation elle-même, c’est-à-dire à ce qui n’est pas elle, à l’objet ou au concept. Ainsi l’attention s’accomplit dans le temps et immobilise le temps : mais elle projette dans l’objet ou dans le concept, sous une forme tantôt sensible et tantôt abstraite, la détermination, c’est-à-dire la limite de sa propre opération. Et nous rencontrons dans l’attention les deux caractères que nous avons attribués à la volonté, qui est à la fois volonté particulière et volonté totale, qui choisit une fin parmi beaucoup d’autres et qui en même temps prend la responsabilité du tout auquel toutes les volontés coopèrent. Ainsi l’attention s’attache elle aussi à un objet parmi beaucoup d’autres, et on la définit en général par le rétrécissement du champ de la conscience. Mais elle est aussi attention à la totalité de ce qui est, qui donne à chacun de ses objets la place qui lui revient et la lumière qui l’éclaire.

Cela ne suffit pas pourtant. Car cette unité de l’attention est une unité tout intérieure, qui enveloppe moins l’unité du monde que l’unité de soi et du monde. Mais alors la puissance représentative et la puissance volitive se rapprochent l’une de l’autre au point de se confondre. Car l’attention devient elle-même créatrice de la représentation du monde ; c’est elle qui donne au sensible sa délicatesse et au concept son exactitude. Et la volonté à son tour n’est rien de plus qu’une attention à soi, c’est-à-dire à cette exigence de valeur qui nous oblige à transformer sans cesse la représentation du monde en lui donnant une intelligibilité toujours plus parfaite. La volonté est l’intelligibilité du monde en tant qu’il dépend de nous non pas seulement de la découvrir, mais encore de la produire. Il ne suffit donc pas de dire que la puissance représentative est orientée du dehors vers le dedans et la puissance volitive du dedans vers le dehors, ni que l’intellect nous donne le spectacle de la totalité de l’être, au lieu que la volonté n’engage que l’être même du moi. Car l’identité originaire d’où procèdent ces deux puissances s’exprime encore par la réciprocité qui les unit. La représentation est un moyen au service de la volonté, qui est toujours éclairée par elle ; et pourtant c’est à la volonté de produire cette intelligibilité plus parfaite qui, dans la représentation et le concept, reste toujours inachevée et lacunaire. La connaissance est à la fois l’occasion et le fruit de l’action. Aussi ne faut-il pas s’étonner que l’on ait tantôt réduit l’intellect au vouloir, comme si l’intelligibilité suivait les lignes mêmes de l’action, et tantôt le vouloir à l’intellect, comme si le vouloir n’était lui-même qu’un effort pour conformer le phénomène aux lois de l’intellect. Car c’est la même puissance qui, sous le nom d’intellect, opère la jointure du sensible et du concept, et sous le nom de volonté, la jointure de l’esprit et du corps. Et l’on comprend alors que ce soit tantôt l’intellect qui revendique un ascendant sur le vouloir, puisque le vouloir ne peut entrer en jeu qu’en se subordonnant à cette activité créatrice qui se manifeste à nos yeux par la représentation même du Tout, et tantôt le vouloir qui revendique un ascendant sur l’intellect, puisqu’il nous fait participer du dedans à cette activité créatrice elle-même dont l’intellect ne nous fait rien connaître que par le moyen de la représentation.

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