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Des conditions de possibilité de la participation définie comme le fait même d’entrer dans l’existence par une démarche qui nous est propre, il semble que l’on puisse déduire maintenant les catégories fondamentales. L’énumération de ces catégories est subordonnée elle-même à l’opposition de la matière et de la forme qui exprime, dans la participation, la différence entre le donné et l’acte qui se le donne. La catégorie exprimera dans tous les cas les différentes manières dont la forme pourra être imposée à la matière.

1° Distinction de l’espace et du temps

Or cela n’est possible que par le moyen de l’espace et du temps, non pas que l’on puisse identifier simplement l’espace avec la matière et le temps avec la forme, mais on peut dire que l’espace exprime le schéma du donné en tant précisément qu’il est donné, car il est remarquable que l’on ne puisse pas penser l’espace autrement que comme présent, bien que toujours extérieur à nous et même extérieur à l’infini, en ce sens que nulle part on n’y peut découvrir la moindre trace d’intériorité : or tels sont les caractères qui définissent l’idée pure du donné. Au contraire, le temps, qui ne peut pas sans doute être pensé indépendamment de l’espace, exprime dans l’espace l’idée du parcours, c’est-à-dire de l’espace même en tant qu’il est l’effet d’un acte que nous accomplissons : ce qui a induit tant de philosophes à penser que l’espace pouvait être déduit du temps, qu’il en était pour ainsi dire le tracé. Mais cette conception ne peut pas être retenue : d’abord parce qu’il est vrai aussi que l’espace est supposé par le parcours, loin qu’on puisse le considérer seulement comme en étant le produit, ensuite parce qu’il serait contradictoire de le poser comme étant lui-même antérieur ou postérieur au temps, car il en est en quelque sorte contemporain, enfin parce qu’il est nécessaire, si l’acte et le donné sont les deux faces de la participation, que leurs modes d’expression s’accompagnent toujours et ne manquent jamais de se répondre. Ainsi la simultanéité spatiale n’est pas la négation du temps, mais seulement la négation de la succession dans le temps, puisque la simultanéité est aussi une détermination temporelle, à savoir la propriété de l’espace d’être en droit appréhendé tout entier dans le même temps. Cette simultanéité de l’espace accuse donc le caractère du donné de nous déborder toujours actuellement, et la succession temporelle le caractère de l’acte qui nous fait être et qui comporte toujours un donné anticipé, traversé et dépassé.

On peut donc dire de l’opposition de la matière et de la forme qu’elle est antérieure à l’opposition des catégories ou, si l’on veut, pré-catégorielle, puisque le propre des catégories sera précisément de la vaincre, ou de montrer comment la forme pénètre dans la matière et réussit à l’embrasser. Mais, sans qu’on puisse accepter de les identifier avec la forme et la matière, il semble que l’espace et le temps ne puissent pas être confondus simplement avec des catégories. Pour cela il faudrait les réduire, comme on l’a proposé parfois, à une double fonction spatialisante et temporalisante. Or, bien que l’on ne puisse pas séparer jamais la forme de la matière, ni par conséquent l’espace de l’objet, et le temps de l’événement, il y a pourtant un espace spatialisé et un temps temporalisé, c’est-à-dire tels qu’au lieu d’être tirés seulement par abstraction de l’expérience que nous avons de l’étendue et de la durée, ils peuvent être encore imaginés comme des milieux vides, à l’intérieur desquels nous pouvons non seulement situer, mais construire à notre gré des objets purs et des événements purs. C’est ce que Kant voulait dire sans doute quand il faisait de l’espace et du temps des intuitions et non pas des concepts. Mais ces deux caractères semblent ici difficiles à dissocier. Et peut-être l’originalité de l’espace et du temps réside-t-elle dans ce double caractère, c’est qu’ils sont précisément des concepts qui ne peuvent entrer en jeu sans créer leur propre intuition, par opposition aux autres concepts qui en sont incapables, c’est-à-dire qui déterminent toujours une intuition empirique. Ce qui se trouverait confirmé encore par cette observation que les autres données ne deviennent intuitives que parce qu’elles sont reçues précisément dans l’intuition de l’espace et du temps. A quoi on pourrait ajouter encore cette réserve qui nous conduirait loin, dans un domaine où la rigueur du vocabulaire est si difficile à maintenir, à savoir que les deux intuitions de l’espace et du temps ne peuvent pas être considérées comme étant d’un seul et même type, puisque, s’il est vrai qu’il n’y a d’intuition que là où l’acte et la donnée ne font qu’un, c’est-à-dire là où l’acte est donné et la donnée acte, pourtant le propre de l’intuition spatiale, c’est de consommer l’acte dans la donnée et le propre de l’intuition temporelle de consommer la donnée dans l’acte par lequel elle se donne pour ainsi dire à elle-même.

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