Aller au contenu

En résumé, l’âme exprime à la fois la double impossibilité où nous sommes de séparer la valeur d’une activité spirituelle qui la met en œuvre, et de séparer cette activité, en tant qu’elle s’engendre elle-même par le passage de la possibilité à l’existence, de la valeur sans laquelle ce passage même serait inintelligible. Ces notions ne peuvent être distinguées les unes des autres que par l’analyse. La valeur est l’intimité de l’âme à elle-même. Et il y a dans l’âme réciprocité entre l’intimité et la valeur : car, d’une part, là où l’intimité fait défaut, il n’y a plus que l’objet ou le phénomène, et la valeur manque ; et, d’autre part, c’est la valeur qui fait l’intimité, puisque cela revient au même de dire que les choses nous sont indifférentes ou qu’elles nous sont extérieures. C’est donc l’approfondissement de l’intimité et de son lien avec la valeur qui nous conduit à définir l’âme par la genèse de soi, c’est-à-dire comme ce pouvoir d’être ou de se faire, qui est le passage de la possibilité à l’existence. Du même coup, la valeur nous permet de tracer une ligne de démarcation et de communication à la fois entre l’être et l’apparence. Contrairement à l’opinion commune, c’est l’axiologique qui est la mesure de l’ontologique, et c’est de l’axiologique que le phénoménologique apparaît comme étant en quelque sorte la manifestation, c’est-à-dire le moyen d’expression et de réalisation. De là l’intervalle qui les sépare, mais que nous ne cessons pourtant de franchir, de telle sorte que le phénomène, toujours disparaissant et toujours renaissant, est un moyen au service de la valeur, mais sans pouvoir jamais être confondu avec elle. En lui pourtant nous ne cessons d’en retrouver les marques, comme on le voit dans la qualité, telle que l’art, par exemple, nous permet de l’appréhender ou de la produire. Mais l’âme seule est capable de reconnaître la valeur et de l’introduire dans le monde, ce qui montre assez bien comment elle se distingue du corps, dont elle ne peut pourtant se passer, qui limite son action et qui l’éprouve et dont on vérifie qu’à chaque instant elle l’utilise et lui survit.

Supprimer le surlignage