Dès lors, bien que l’âme présente un caractère d’intimité inaliénable au point même où elle inscrit sa propre existence dans l’absolu, pourtant cette existence est, si l’on peut dire, une existence relationnelle, de telle sorte que, pour la décrire, il faut d’abord analyser la relation de l’âme avec elle-même, telle qu’elle se manifeste dans la constitution du moi par son union avec le corps, ce qui fera l’objet de notre livre I ; puis cette relation caractéristique de son essence et qui nous oblige à la considérer comme une possibilité qui s’actualise dans le temps par le moyen de la valeur, ce qui fera l’objet de notre livre II ; ensuite l’ensemble des relations qu’elle soutient avec le monde et avec les autres âmes, et qui, en tant qu’elles nous livrent le contenu même de son essence, forment ce que l’on appelle proprement ses puissances, que nous étudierons dans le livre III. Nous consacrerons enfin le livre IV à l’examen de la relation de l’âme avec l’esprit pur, qui nous conduira à poser le triple problème de son unité, de sa vocation originale et de son immortalité.
Nous poursuivrons ainsi dans cet ouvrage l’application d’une méthode à laquelle on pourrait donner le nom de dialectique réflexive, que nous exposerons bientôt dans un ouvrage indépendant et dont les trois volumes publiés antérieurement : De l’Être, De l’Acte, Du Temps et de l’Éternité, étaient les premières étapes. Elle conviendra particulièrement bien, semble-t-il, à l’analyse de l’âme, s’il est vrai que l’âme réside tout entière dans le double mouvement par lequel elle ne cesse à la fois de se détacher de l’être absolu et de le rejoindre, de se diviser elle-même en puissances qui la mettent en rapport avec tous les modes de l’être et de reconquérir cette unité qu’elle est à chaque instant menacée de perdre. Elle seule nous fournira cette description articulée qui nous permettra de saisir l’âme dans l’acte même par lequel elle se crée, en fondant sa propre indépendance dans le tout de l’être dont elle reste solidaire : à cette description réglée chacun de nous devra donner son assentiment en reconnaissant en elle les opérations qu’il ne cesse d’accomplir pour être. Nous sommes ici au delà de toute démonstration, bien que nous soyons en face d’une évidence qui surpasse l’évidence de toute démonstration : car l’âme est une existence, et aucune existence ne se démontre, mais les démarches qui la constituent ne peuvent avoir une portée ontologique qu’à condition que nous sentions qu’en les faisant, c’est nous-même que nous faisons, au lieu que les démonstrations les plus rigoureuses ne valent que pour des notions, c’est-à-dire pour la construction d’un système où la seule logique trouve son compte.