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La relation du moi et de l’âme nous permet de définir la relation entre l’immanence et la transcendance qui s’opposent l’une à l’autre, mais pourtant ne peuvent pas être séparées. Car il n’est pas vrai que nous soyons enfermés dans une expérience immanente, puisque nous n’appréhendons jamais celle-ci comme déjà formée, mais toujours dans l’acte même par lequel elle se forme. Et il n’est pas vrai non plus que le transcendant n’est rien pour nous que par une foi gratuite qui ne trouve dans notre expérience aucune confirmation. Car tout acte que nous accomplissons est transcendant par rapport à son effet. Il ne sert de rien de dire qu’il est immanent parce qu’il est nôtre : car d’une part les immanentistes les plus décidés, voyant bien qu’il est irréductible au contenu de notre expérience, déclarent que nous n’en avons pas conscience, et, d’autre part, nous savons bien que de cet acte on peut dire qu’il est une puissance qui est d’abord au delà du moi et dont le moi a seulement la disposition, de telle sorte qu’il ne peut jamais que la faire sienne, et non pas la produire. Or la relation du moi et de l’âme nous découvre la relation même entre l’immanence et la transcendance, le moi étant toujours immanent à lui-même, mais ne pouvant alimenter cette immanence que par un retour incessant à la transcendance dans laquelle il puise à la fois l’activité qui le fait être et sans laquelle il ne serait — comme dans l’empirisme le plus strict — qu’une suite d’états, et cette référence à l’absolu sans laquelle il serait incapable de poser son existence, même relative.

On voit donc en quoi consiste le problème de l’âme. C’est le problème que le moi se pose dès qu’il s’interroge sur lui-même. Car si le moi implique la conscience d’une activité qui le dépasse, bien qu’il l’assume, et qui, loin de s’anéantir dans son propre exercice, se donne l’être à elle-même avant de le donner à son effet, alors on peut dire que le moi réside au point même où il y a en nous une transcendance qui s’immanentise, et qui, en s’immanentisant, manifeste et produit à la fois cette opération intérieure où nous voyons notre essence qui se constitue. Le propre de la science, c’est d’accuser la barrière qui à chaque instant sépare le phénomène tel qu’il nous est donné de l’acte qui le fonde. Le propre de la métaphysique, c’est, non de la franchir, mais plutôt de l’abolir. Elle nous apprend à vaincre l’opposition entre l’immanence et la transcendance et, en approfondissant l’une, à pénétrer dans l’autre.

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