Nous venons de mettre en évidence les tendances les plus fondamentales de la philosophie de Duns Scot. On nous pardonnera les longueurs et les redites, qui nous furent imposées par un scrupule d'objectivité. Dès maintenant, toutefois, nous prendrons la liberté de mener plus vivement notre exposé critique.
Comment caractériser la position de la philosophie scotiste devant l'antinomie de l'Un et du Multiple ? On aura pressenti déjà que le scotisme, en sacrifiant la notion de la " pure puissance " (materia prima des Thomistes), et en fractionnant l'être au sein même de la substance, relâche l'étroite unité synthétique d'intelligible et de matière, reconnue par S. Thomas dans l'objet propre de la connaissance humaine. La solution thomiste est compromise sans compensation ; et l'antinomie recommence à poindre. Considérons ceci plus expressément ; nous verrons en même temps comment les thèses scotistes s'appellent les unes les autres.
Nous avons réduit, plus haut, l'antinomie de l'Un et du Multiple (envisagée par le biais de la connaissance) en deux groupes étagés : antinomie de l'objet de sensibilité (multiplicité quantitative) et de l'objet d'entendement (unités intelligibles) ; antinomie de l'objet d'entendement (unités intelligibles) et de l'objet de raison (unité absolue). Il nous sera commode d'employer, dans la suite, les formules abrégées : antinomie de la sensibilité et de l'entendement ; antinomie de l'entendement et de la raison.