Fixons, une fois pour toutes, les maîtresses lignes de la théorie réaliste modérée, qui devint commune chez les scolastiques. Au lieu de l'examiner d'après le Metalogïcus, il sera plus avantageux, croyons-nous, de la considérer immédiatement, dans son contexte philosophique intégral, au point culminant de la philosophie médiévale, chez S. Thomas d'Aquin (1225 ou 1227-1274).
On voudra bien remarquer que nous n'abordons pas encore ici l'étude détaillée de l'épistémologie thomiste ; cette étude se fera mieux plus tard, dans nos Cahiers V et VI, par comparaison avec la Critique moderne de la connaissance. Pour le moment, nous souvenant que la philosophie médiévale se développe tout entière dans le cadre du réalisme antique, nous prétendons seulement montrer, chez S. Thomas, la renaissance et l'achèvement de la solution, à la fois dialectique et métaphysique, apportée jadis par Aristote au problème de l'Un et du Multiple. Et notre attention devra, comme précédemment, s'attacher à deux aspects du problème qui se commandent mutuellement : l'unité compréhensive générale de la métaphysique, puis, au sein même de cette unité, le rapport particulier de l'objet avec le sujet connaissant, c'est à dire la nature du concept. Or, au moyen-âge plus que dans l'antiquité grecque, ce fut la théorie du concept, mise à l'avant plan par la question des Universaux, qui joua le rôle principal dans la différentiation respective des grands systèmes. Il sera donc naturel d'envisager ici la synthèse thomiste de l'Un et du Multiple avant tout sous l'angle psychologique et logique, et de rattacher à ce point de vue dominant les quelques indications sommaires qui nous seront indispensables pour esquisser provisoirement la physionomie d'ensemble de la métaphysique de S. Thomas.