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skepvox

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La désagrégation du monde romain sous le heurt répété des invasions barbares fut fatale à la philosophie. Non seulement tout progrès devint impossible, mais les traditions et les sources écrites se perdirent pour majeure partie.

Si bien que la scolastique médiévale fut réellement un recommencement, un long effort pour ressaisir le fil de la pensée humaine.

Cet effort, quoi qu'on pense de son aboutissement, ne paraîtra point méprisable, si l'on se rappelle l'éxiguïté du capital de premier établissement des philosophes scolastiques antérieurs au XIIe s.

D'Aristote, rien que des traductions du περὶ Ἑρμηνείας et des κατηγορίαι ; vers le milieu du XIIe s. seulement commence à apparaître le reste de l'Organon : encore, des deux traités logiques les plus importants, les Ἀναλύτκα πρότερα manquent en partie, les Ἀναλύτικα ὕστερα, beaucoup plus révélateurs du point de vue réaliste et métaphysique de la Logique aristotélicienne, manquent totalement. L'Organon ne fut reconstitué au complet que dans la seconde moitié du XIIe s. Alors seulement entrèrent dans la circulation générale les autres œuvres d'Aristote : la Métaphysique, la Physique, le Περὶ ψυχῆς, grâce surtout aux traductions faites sur l'arabe, puis sur le grec. L'aristotélisme retrouvé devint ainsi l'aliment de la pensée du XIIIe s.

De Platon, à part un fragment du Timée, on ne posséda pas grand chose avant le milieu du XIIe s. Si l'on connaissait quelques théories platoniciennes, c'était avant tout par l'intermédiaire peu fidèle d'un néo-platonisme de seconde main.

Dans cette pénurie d'œuvres de maîtres, les rares commentateurs anciens, sauvés du naufrage, furent un précieux appoint. Malheureusement l'usage qu'on en fit ne pouvait être qu'infiniment peu critique. Et puis ces commentaires portaient presque exclusivement sur la Logique formelle. Rappelons uniquement les noms de Porphyre, le néoplatonicien – que le moyen-âge traita comme un disciple d'Aristote ; et de Boëce, ce fameux " Manlius consul " (480-525), dont les traductions et les Traités encyclopédiques demeurèrent longtemps, pour les scolastiques, le principal, presque l'unique répertoire de la philosophie antique. Si l'on ajoute à cette liste des fragments philosophiques de Pères de l'Eglise (surtout le groupe des écrits augustiniens et pseudo-dionysiens) ; ou encore d'auteurs profanes, comme Cicéron, grandement en faveur ; et enfin, un petit nombre d'ouvrages plus obscurs, on aura quelque idée de la bibliothèque philosophique qu'un médiéval pouvait trouver à sa disposition, au moment où se posa de nouveau, d'une manière explicite, l'inévitable problème de l'Un et du Multiple.


  1. En ce qui concerne les philosophies médiévales, nos exposés s'appuient exclusivement sur le texte même des philosophes étudiés ; mais nous nous faisons un plaisir de reconnaître les bons services reçus, par ailleurs, de M. De Wulf. Histoire de la philosophie médiévale. 4e éd. Louvain 1912, – Ueberweg-Heinze. Grundriss der Geschichte der Philosophie. IIer Bd. Die mittlere oder die patristische und scholastische Zeit. [M. Baumgartner], 10e édit. Berlin 1915, – Fr. Picavet. Esquisse d'une histoire générale et comparée des philosophies médiévales. 2e éd, Paris 1907, – pour ne point parler de Prantl (cité plus haut), Hauréau, Stôckl, Willmann, Baeumker, Grabmann, et autres. ↩︎

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