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Après Aristote, et jusqu'à la renaissance platonicienne d'Alexandrie exclusivement[1], le sens de la grande métaphysique se perd. La logique et la dialectique, cultivées pour elles-mêmes, se constituent en sciences purement formelles et se compliquent sans fruit. Les concepts s'isolent du réel : de plus en plus ils sont traités comme un jeu de symboles, combinables entre eux d'après leurs lois propres, c'est à dire surtout d'après les lois de leur extension [2]. Car l'extension tend dès lors, en logique, à prendre le pas sur la compréhension. Cette déviation ne pouvait manquer de se produire, à mesure que se perdait la notion de l'universalité naturelle de la forme et que le concept assumait plus exclusivement la fonction d'une étiquette subjective désignant une collection d'individus. Pour des raisons diverses, qui se ramènent toutes à l'insuffisance métaphysique, Néo-Aristotéliciens, Stoïciens [3], Épicuriens, Éclectiques, aussi bien que Sceptiques, s'échelonnaient sur la voie qui mène au Nominalisme.

Sans doute, ce n'était pas encore le Nominalisme extrême de nos empiristes modernes, pour lesquels l'antinomie de l'unité abstraite et de la pluralité concrète se résout en rejetant la première hors le monde réel, hors même, s'il faut les en croire, le monde des concepts, jusque dans les cadres factices d'une sémantique verbale. C'était plutôt une sorte de conceptualisme mal défini, qui se débarrassait à la fois de l'antinomie et du réalisme de l'entendement, en confinant l'unité universelle dans l'intelligence et la multiplicité individuelle dans le monde extérieur, quitte à jeter entre les termes opposés le lien superficiel d'un symbolisme inné ou acquis.

Nous n'insisterons pas ici sur cette solution – qui, au fond et sans l'avouer, évince de nouveau l'unité au bénéfice de la pluralité – car nous allons voir l'histoire de la pensée grecque se répéter, pour l'essentiel, au moyen-âge, et conduire là aussi, finalement, à un véritable Nominalisme, celui d'Occam.


  1. Ce que nous avons dit plus haut du néoplatonisme alexandrin suffit à notre dessein actuel. Nous réservons l'étude plus détaillée des philosophies de Plotin et de Proclus pour des travaux sur " la Métaphysique et la Mystique ", qui, dans notre intention, doivent faire suite au présent ouvrage. Sur un des thèmes principaux de la philosophie de Plotin, nous nous plaisons à marquer, dès maintenant, notre accord avec les vues exposées par M. René Arnou, dans son beau livre : Le désir de Dieu dans la philosophie de Plotin (Paris. 1921). ↩︎

  2. Alexandre d'Aphrodisie. Voir : Commentaria in Aristotelcm graeca, vol. II. Alexandri in Aristotelis Anal, prior. lib. I commentarium. Berolini 1883. Ce volume contient des indications sur Théophraste et Eudème. Les vol. I. Il, III, de la grande série berlinoise des Commentaires grecs sont consacrés aux œuvres d'Alexandre d'Aphrodisie. ↩︎

  3. On s'étonne que les Stoïciens, qui professaient un monisme finaliste, se soient résignés si complètement au schisme entre la logique et la métaphysique. Sans doute subirent-ils l'entraînement commun. Du reste, la logique et la métaphysique, pour venir à se rejoindre, doivent être poussées chacune à fond, sous l'empire d'un sentiment très exigeant d'unité systématique. Or la métaphysique stoïcienne, vaste machine, présentant des parties intéressantes, n'est toutefois qu'une métaphysique de second ordre. ↩︎

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