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skepvox

A l'encontre du mobilisme universel d'Héraclite, les Eléates, successeurs de Xénophane, et en premier lieu Parménide, maintiennent, ou même exagèrent, les droits de l'unité.

Ils se tiennent sur le terrain commun du réalisme : la pensée objective est rigoureusement coextensive à l'" être " : τὸ γὰρ αὐτὸ νοεῖν ἐστί τε καὶ εἶναι (Parménide. περὶ Φύσεως. Cf. Diels, op. cit. p. 117. Parmenides, fragm. 5).

Or, assure Parménide, l' « être »s'oppose contradictoirement au « non-être ». Donc, seul l' « être »est ; seul il peut être pensé : le « non-être »n'est pas et ne peut pas être pensé (Ibid. fragm. 6) :

χρὴ τὸ λέγειν τε νοεῖν τ' ἔον ἔμμεναι ἔστι γὰρ εἶναι μηδὲν δόὐκ εἶναι...

Grisé par cette métaphysique encore neuve, le poète-philosophe pousse à bout sa thèse fondamentale : il jette en avant le dilemme tranché : « être »(totalement) ou « ne pas être »(n'être à aucun degré) (Op. cit. p. 119. Fragm. 8, vers 15-16) :

... ἡ δὲ κρίσις περὶ τούτων ἐν τῷ δ' ἐστίν : ἔστιν ἤ οὐκ ἔστιν

Pas de milieu. Aucune trace de non-être ne saurait contaminer l'être. La multiplicité, la divisibilité, le changement, le mouvement impliquent du non-être. Donc, ni le multiple, ni le changeant ne sont. L'être est indivisible, immuable, immobile : il est un.

Puisque l'être est unique, notre pensée objective, celle qui nous livre la vérité de l'être (τὰ πρὸς τὴν ἀλήθειαν) est nécessairement moniste. Mais comment arrive-t-il alors que la multiplicité envahisse notre esprit et apparaisse dans les objets ?

La multiplicité n'a pas de réalité objective ; elle est l'œuvre illusoire de nos sens qui fractionnent l'unité de l' « être » ; elle est pure apparence : πρὸς δόξαν. La source de tout pluralisme gît dans le sujet sensible, qui confère imprudemment une objectivité fictive au non-être.

On voit comment les Eléates se dégagent de l'antinomie : dans l'objet, ils sacrifient la multiplicité ; leur métaphysique est un monisme de l' « être » ; dans le sujet connaissant, ils dénient toute valeur objective au sens, faculté du multiple : leur épistémologie est un réalisme de l'intelligence pure. Ou plutôt, il convient de faire ici une réserve : les Eléates ne possèdent point encore une notion parfaitement définie de l'intelligence pure ; si l'intelligence est pour eux la faculté de l' « être », l' « être »représente, à leurs yeux, le « plein », c'est à dire une réalité astreinte à remplir l'espace. Leur « être », unité abstraite des choses extérieures, demeure immanent à celles-ci et prisonnier des conditions générales de la quantité.

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