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skepvox

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Des mythes religieux et des anciennes cosmogonies poétiques, sortirent, à l'aube de la civilisation grecque, les premières « cosmologies ». C'est un fait, que les curiosités primitives de l'esprit humain, aussi bien chez l'individu que dans la race, n'ont rien de précautionné ni de critique ; tout orientées vers l'« objet », elles se montrent même étrangement insoucieuses du sujet connaissant. La spéculation naissante fut accaparée, chez les Grecs comme ailleurs, par un « objet » unique : la Nature,... la Nature petit à petit dégagée du voile charmeur des mythologies et livrée à la dissection rationnelle.

Cette prédilection pour les problèmes cosmologiques repose, chez les initiateurs de la philosophie grecque, sur un dogmatisme réaliste, d'autant plus assuré qu'il est inconscient. Nulle part encore n'est mise en doute la valeur absolue de l'affirmation objective. Et l'affirmation elle-même s'attache à tout contenu de pensée fourni par l'expérience, sous la réserve, seulement, d'une certaine organisation de ce contenu. La philosophie suit ainsi, sans trop d'effort, la double pente naturelle de l'esprit à affirmer et à unifier.

Aussi longtemps que la tendance unificatrice de l'esprit s'exerça épisodiquement, sur des unités partielles, les systèmes philosophiques les plus disparates purent s'ébaucher sans troubler profondément la sérénité du réalisme antique (Période ionienne). Mais il vint un moment, où, sur les unités secondaires, se détacha l'unité primordiale et universelle de l'« être ».

La raison humaine eut alors comme un éblouissement : sans lâcher l'appui du réalisme, elle vacilla pour ainsi dire. Car l'« être » ne représentait-il pas, dans l'objet de connaissance aussi bien la multiplicité changeante que l'unité immuable ? Le conflit de l'unité et de la multiplicité surgissait au cœur même de l'affirmation nécessaire. On crut devoir jeter du lest, sacrifier quelque chose du contenu de la connaissance, les uns ceci, les autres cela.

Héraclite, fidèle aux données immédiates de l'expérience, adopte la multiplicité et le mouvement, renonçant ainsi à l'unité immuable de l'« être ». Presque à la même époque. Parménide embrasse l'« être » homogène et immobile, repoussant ainsi, dans le domaine de la pure apparence, tout le muable et tout le multiple. Et pour comble, Zénon d'Elée, disciple de Parménide, se donne mission, dirait-on, d'augmenter encore le désarroi de la pauvre raison spontanée en lui jetant aux yeux ses aveuglants paradoxes sur l'irréalité du changement. De toutes parts, c'était la mise en échec du sens commun, le défi de la raison réfléchie à la raison spontanée.

D'ailleurs, ce scandale de la raison s'aggravait encore de l'impression malédifiante créée par la multiplication excessive des systèmes cosmologiques qui sollicitaient, dans les sens les plus divers, l'approbation du philosophe et du penseur, Ils ne manquaient certes ni d'ingéniosité ni de hardiesse. Avec un égal dédain des habitudes d'esprit et des vraisemblances communes, ils décomposaient le monde pour le rebâtir en meilleure ordonnance. Et la diversité, tant des matériaux analysés que des édifices synthétiques, ne laissait pas que d'être déconcertante. D'Hèraclite à Empédocle, d'Empédocle à Anaxagore, d'Anaxagore à Leucippe et à Démocrite, la raison voletait, pour ainsi dire, au hasard, sans se sentir nulle part de demeure permanente. – Pour comprendre l'envahissement de la pensée grecque, si réaliste pourtant, par une première crise de la certitude, il faut tenir compte à la fois de toutes ces circonstances. Le terrain était préparé pour le scepticisme.


  1. Pour la justification historique des pages suivantes, relatives à la philosophie grecque, on nous permettra de renvoyer, non seulement aux œuvres de Parménide, de Platon, d'Aristote, de Théophraste, d'Alexandre d'Aphrodisie, de Sextus Empiricus, etc., mais surtout, puisque notre exposé n'est ici qu'une esquisse sommaire, sans prétention philologique, aux ouvrages généraux consultés pour contrôle, en particulier : Ed. Zeller. Die Philosophie der Griechen. 5 vol. et 1 vol. de tables, 3e éd. Leipzig, 1869-1882. – Prantl. Geschichte der Logik im Abendlande. 2 vol. 2e éd. Leipzig, 1885. – Ueberweg-Heinze. Grundriss der Geschichte der Philosophie. 1er Bd. Das Altertum, 10e éd. 1909. – Gomperz, Th. Les penseurs de la Grèce. Trad. française. 3 vol. Paris, 1904-1912.– Ed. Zeller. Grundriss der Geschichte der griechischen Philosophie. 10e verbesserte Aufl., von F. Lortzing. Leipzig 1911. – Diels, H. Die Fragmente der Vorsokratiker. 2e éd. Berlin, 1906-1907. – J. Burnett. Early greek Philosophy, 2e éd. London, 1908. – Diverses éditions de la collection Teubner, etc.... ↩︎

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