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Le sujet que nous traitons ici fit, pour l'essentiel, la matière d'un cours professé par nous durant la première année de la grande guerre (1914-1915). Invité à publier nos Leçons, nous n'avons pas voulu les dépouiller complètement de leur appareil scolaire. En particulier, la méthode d'exposé à laquelle nous nous sommes astreint dans le présent Essai, rappelle une préoccupation pédagogique qui inspira le plan de nos Leçons orales.

Qu'on nous permette de nous en expliquer d'un mot - et de nous en excuser, s'il y a lieu.

Absolument parlant, nous eussions trouvé moins long, et, à beaucoup d'égards, moins onéreux, d'écrire directement un Traité systématique d'épistémologie. On en recueillerait sans peine les principaux traits dans nos volumes. Mais nous avons craint qu'un exposé strictement scientifique, posant d'emblée les questions dans toute leur rigueur subtile, ne déconcertât certains groupes de lecteurs auxquels nous nous adressions de préférence. Peut-être valait-il mieux combiner patiemment l'histoire progressive des problèmes, avec leur solution théorique de plus en plus complète. Nous avons éprouvé, dans notre enseignement, l'avantage de cette méthode : en traversant une à une les grandes étapes de la spéculation philosophique, l'esprit est amené, sans secousse, moyennant un minimum d'efforts, à saisir avec justesse, non seulement les moments successifs, de plus en plus complexes, de cette pensée évoluante, mais les éléments définitifs qu'elle recèle. Du reste, toute manière de procéder a ses inconvénients : celle que nous adoptons présentera, à côté d'avantages incontestables, l'inconvénient de ralentir notre allure.

Il va sans dire que nous choisirons avec une exactitude scrupuleuse les données historiques dont nous ferons usage. Toutefois nous dépasserions notre but en prétendant retracer, dans leur enchevêtrement, toutes les phases chronologiques du problème de la connaissance. Nous ne faisons pas œuvre d'historien. Une histoire intégrale et exhaustive – à supposer même que nous ayons la compétence pour l'écrire – présenterait trop de sinuosités pour servir utilement d'illustration à notre démonstration théorique : car le mouvement concret des idées, s'il obéit pour l'ensemble à l'entraînement régulier de quelques courants principaux, s'échappe toujours, à côté, en détours et en recommencements.

Aussi emprunterons-nous seulement à l'histoire progressive des idées philosophiques les phases essentielles, qui s'expriment dans l'œuvre des penseurs les plus éminents. Elles nous présenteront, selon un enchaînement à la fois logique et historique, une série vraiment typique d'attitudes en face du problème fondamental de l'épistémologie. Par souci d'objectivité, pour éviter les surprises d'un raccourci exagéré, nous consacrerons à chacune de ces attitudes-types une manière de courte monographie. La succession même des monographies, sommairement reliées entre elles, introduira petit à petit au cœur du problème de la connaissance, et, du coup, par élimination des solutions inconsistantes ou incomplètes, suggérera l'unique solution possible : celle que nous développerons longuement dans les derniers fascicules de cet ouvrage.

Nous nous sommes fait un devoir de relire, en vue de ce travail, toutes les œuvres que nous analysons, de manière à écrire chaque étude partielle sous l'impression immédiate des textes originaux y afférents. Et nous nous efforçâmes aussi, dans nos exposés, de ne point dépasser – sauf par de rares repères jetés çà et là – le moment d'évolution propre à chaque système.

Un dernier mot sur la bibliographie de notre sujet. Elle est immense : à tel point qu'il serait insensé, dans un ouvrage comme celui-ci, de prétendre mentionner tous les livres et mémoires qui ont pu influencer notre pensée depuis le début, déjà lointain, de nos études philosophiques. Reconnaissant en gros notre dette, nous nous permettons de renvoyer, pour la liste de nos créanciers, aux bibliographies générales bien connues, par exemple aux indications copieuses (encore qu'incomplètes) des dernières éditions de l'Histoire de la Philosophie de Ueberweg-Heinze (Grundriss der Geschichte der Philosophie. Berlin. Ir Bd. Das Altertum. 11e éd. 1920. – IIr Bd. Patristische und scholastische Zeit. 10e éd. 1915. – IIIr Bd. Die Neuzeit, bis zum Ende des 18en Jahrh. 11e éd. 1914. – IVr Bd. Das 19e Jarhrhundert and die Gegenwart. 11e éd. 1916). Du reste, dans la préparation immédiate de nos Leçons, nous nous sommes servi exclusivement du texte même des œuvres philosophiques étudiées.

Puisqu'il convient d'adopter un système cohérent de bibliographie, nous ne citerons, en principe, que des œuvres originales de philosophes. Et nous omettrons délibérément toute autre référence, sauf le cas exceptionnel où quelque raison très particulière, ou bien un souci d'honnêteté littéraire, commanderaient de nous départir de cette régie. Nous devrons, en conséquence, renoncer au plaisir de louer maints travaux excellents, qu'on pourrait légitimement s'attendre à voir signaler au bas de nos pages ; mais si nous étions entré dans cette voie, comment, sans illogisme, nous dispenser de citer une multitude d'autres travaux ayant les mêmes titres bibliographiques ? On comprendra que nous ayons reculé devant cet encombrement nouveau de nos volumes déjà trop touffus.

Louvain, 8 décembre, 1917 [1]).


  1. Des circonstances indépendantes de notre volonté nous ont empêché, jusqu'à ce jour (1922), de mettre la dernière main à la préparation de ce travail, totalement écrit, en première rédaction, dès 1917. ↩︎

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