Aller au contenu

L'âme qui a traversé la Nuit Obscure, gravi les pentes du Mont-Carmel et qui s'est unie à Dieu par une vive flamme d'amour se repose enfin dans une contemplation qui est son acte le plus pur. Alors elle obtient cette tranquillité spirituelle qui est pour elle le bien suprême parce qu'elle est faite de force et de lumière et qu'elle nous permet non pas de nous séparer du monde, mais de considérer le monde du même regard pur que Dieu ne cesse de jeter sur lui, de veiller sur le monde avec Dieu, d'être docile à cet appel par lequel il nous demande de nous associer à sa création et d'accepter avec lui de la promouvoir. Non pas que nous puissions jamais éviter d'être troublé. Car nul n'a mieux décrit que saint Jean de la Croix cette condition de la conscience humaine où la lumière le dispute toujours avec les ténèbres. Mais si Dieu tenait l'âme toujours éveillée et agissante, s'il la favorisait toujours de quelque connaissance chaque fois nouvelle, de quelque élan chaque fois plus pur, ce serait pour elle l'état de gloire, et non point l'état de mérite. Or nous ne connaissons que les premières approches de ce midi de l'éternité où l'âme donne à Dieu tout ce qu'elle en reçoit, où, dans une union mutuelle de volonté et d'amour, tous leurs biens leur sont devenus communs. Ce commerce réciproque entre Dieu et nous se marque déjà dans le domaine de la connaissance. Saint Jean de la Croix reprend cette prière de saint Augustin : « Que je vous connaisse, Seigneur, et que je me connaisse » : car, suivant la maxime des philosophes, ajoute-t-il, on connaît très bien les extrémités l'une par l'autre. Dans la vie spirituelle, l'âme vit comme hors d'elle-même et élevée au-dessus de la vie quotidienne : mais il y a pourtant entre ces deux vies une admirable continuité. L'âme s'étonne « de voir et d'entendre des choses qui lui semblent fort nouvelles, quoiqu'elles soient les mêmes que celles qu'elle avait autrefois entre les mains ». Et dans une image très belle qui nous donne une idée saisissante de cette poésie si transparente et si dense, il compare l'âme à un cristal extrêmement pur et fin : car « plus il reçoit de degrés de lumière, plus il est brillant, et la lumière croissant toujours le remplit de telle sorte qu'on ne peut plus remarquer la distinction du cristal d'avec elle parce qu'il en est autant pénétré qu'il est capable de l'être ». Ou bien encore, il nous dit de Dieu qu'il « est toujours à la porte de l'âme pour entrer chez elle, comme le soleil levant est à la porte d'une maison exposée à ses rayons pour les y introduire ».

Supprimer le surlignage