La connaissance de la valeur ne peut jamais être confondue avec la valeur même.
La connaissance de la valeur mérite plutôt le nom de sentiment, ou de foi, que le nom de connaissance. La valeur est par définition au-delà du réel, et si elle est présente dans le réel même, c’est au-delà de ce que le réel lui-même révèle à l’observation. Telle est la raison pour laquelle on considère la valeur comme un idéal. De là l’intervalle que manifeste la valeur entre le donné et l’opération, mais qui est inverse de celui qui les sépare dans la connaissance. Dans la connaissance en effet, le donné est la matière de l’explication, il faut que l’opération s’accorde avec lui, soit que nous partions du donné lui-même pour aller vers l’opération, soit que nous partions de l’opération elle-même pour nous porter au-devant du donné. Mais l’opération dont il s’agit est une opération de pensée : elle ne change pas la nature du donné. La valeur, au contraire, est une exigence et un appel afin que le donné lui soit conforme, au lieu de rester ce qu’il est. Et c’est pour cela que la valeur vit de la conscience de cet intervalle et de l’effort qu’elle fait pour le franchir, d’une inadéquation qui cherche à se transformer en adéquation, mais qui n’y parvient jamais tout à fait.